Peinture fraiche et nouvelle construction 2022

Du 16 juillet au 27 août 2022
Vernissage : Samedi 16 juillet 2022 de 15h à 17h.
Peinture fraîche et nouvelle construction – 18e édition: Isadora Alcindor-Limoges, Maxime Boisvert-Huneault, Nicole Boyce, Élyse Brodeur-Magna, Sonia Chow, Colin Courtney, Mathilde Demoli, Jessie Donaldson, Jessy Duchaine, Marie-Danielle Duval, Anam Feerasta, Megan Fitzgerald, Jennifer Fong, Abby Gatbonton, Emy Gagnon Gélinas, Faustine Gruninger, Kellyann Henderson, Jazz Keillor, Sophia Kyungwon Kim, Corynn Kokolakis, Mathieu Lapierre, Laurence Lapointe-Roy, Teal Leacock, Hiroshi Nakatsugawa, Brooklyn Payne, Fanny-Jane Pelletier, Alex Ranger, Marie-Pierre Ranger, Erienne Rennick, Emerald Repard-Denniston, Madeline Richards, James Russell, Majd Shammas, Netsanet Shawl, Kasia Sosnowski, Senka Stankovic, Caleigh Stillwater, Stanley Wany.

Texte de Béatrice Larochelle

Tel un marqueur de la saison douce, la nouvelle cohorte de Peinture fraîche et nouvelle construction fait sont entrée dans l’espace de la galerie une fois de plus. Accueillir les plus récentes et distinguées productions de nos treize universités participantes s’avère toujours un moment extatique. Cette exposition annuelle s’accompagne souvent de plusieurs premières fois. Première fois à exposer dans une galerie professionnelle, première fois à fixer un prix sur un travail de plusieurs heures, première acquisition pour un∙e jeune collectionneur∙euse… la liste est longue. Il nous fait plaisir de collaborer à la création de ces premiers moments, particulièrement cruciaux à l’écosystème complexe et perpétuel qu’est le marché de l’art.

Cette année, plusieurs des artistes de la cohorte 2022 se rencontrent sous le thème du ludisme. Isadora Alcindor-Limoges (Bishop), dans un jeu de volumes simples et de couleurs vibrantes, s’inspire de ses racines culturelles haïtiennes pour donner vie à ses petits personnages farfelus de plasticine. Dans un rendu empreint d’humilité, elle invite le spectateur, quelque soit son âge, à entrer son monde de taille réduite. Dans le cas d’Élyse Brodeur-Magna (UQAM), l’amusant se mélange à la surprise lorsque l’on vient à la rencontre de ses installations absurdes; des cuillères qui frappent à répétition leurs assiettes vides ou une catapulte dont la cargaison de confettis s’écroule au sol avant d’être projetée sur la distance.

En confrontation à cette légèreté, ou en complément, plusieurs des propositions étudiantes se teintent d’un discours engagé ou revendicateur. Ancré∙es dans leur époque et ses problématiques caractéristiques, Abby Gatbonton (University of Manitoba) et Emerald Repard-Denniston (OCAD) utilisent leur travail pour explorer des questions identitaires. Fortement influencé∙e par ses études en gender studies, Gatbonton s’intéresse à l’expérience queer et la notion d’intimité s’y rattachant, tandis que Repard-Denniston questionne la perception du corps féminin asiatique à travers des scènes de l’enfance. James Russell (York University), par la reproduction de photographies d’archives de l’Expo 67 ou de films pornographiques vintages, porte un discours critique sur le mouvement modernisme durant la fin du 20e siècle et ses connexions au système capitalisme. C’est par une pratique environnementaliste assumée que l’artiste multidisciplinaire Caleigh Stillwater (University of Manitoba) illustre une vision apocalyptique et pessimiste de notre environnement futur. Pour se faire, il confronte le visiteur à une vision inconfortable de l’impact environnemental qu’engendre notre surproduction alimentaire.

Toujours dans cette sensibilité à l’environnement et à la nature, mais dans une perspective plus contemplative, Sophia Kyungwon Kim (OCAD) allie sa propre expérience de la maternité à sa fascination pour le monde végétal en constante mutation. Plutôt que de s’attarder à dépeindre des paysages romantiques grandioses, l’artiste se penche plutôt vers ce qui est souvent négligé : un brin d’herbe, une feuille morte, un champignon brunit par le temps. Jazz Keillor (NSCAD), pour sa part, illustre comment notre besoin sociétal de confort et de contrôle aurait mené à une domestication de la nature. Par des scènes saugrenues, celle-ci confronte cette idée du supposé « sauvage » à la banlieue nord-américaine. 

Cette atmosphère d’étrangeté se répercute dans la pratique de plusieurs artistes cette année. L’artiste Mathilde Demoli (Université Laval) orchestre des tableaux grotesques dans lesquels la frontière se floute entre taxidermie et repas gastronomique ; alors que Brooklyn Payne (Alberta University of the Arts) nous invite dans un univers qui retrace les codes esthétiques du Old Hollywood et dans lequel figurent des personnages dont le destin semble incertain.

Finalement, avec grande justesse, d’autres artistes utilisent des référents de l’histoire de l’art dans leur propre démarche, afin d’en articuler un discours contemporain. À cet effet, Marie-Pierre Ranger (Bishop) reprend la figure classique de la Vénus, déesse romane de l’amour et de la séduction, pour questionner les codes de beauté actuels. Les productions artistiques étudiantes de cette 18e édition sauront assurément charmer une fois de plus, nous procurant une fenêtre inédite sur le monde de l’art des prochaines années.