Sans faire abstraction

Du 31 octobre au 19 décembre 2020
Sans faire abstraction : Mario Cote, Michel Daigneault, Brigitte Radecki, Jeanie Riddle
Dans le cadre de l’événement Pictura Montréal

Texte de Noémie Chevalier avec la collaboration de Rhéal Olivier Lanthier et François St-Jacques

Sans faire abstraction réunit quatre artistes à la recherche d’un langage pictural novateur et en perpétuel évolution. Mario Côté, Michel Daigneault, Brigitte Radecki et Jeanie Riddle présentent leurs plus récentes créations. Artistes montréalais, ils ont chacun des projets et des démarches distinctes.

En effet, Mario Côté est un artiste peintre et vidéaste. Il oriente son travail pictural vers la transposition visuelle d’ambiances sonores de lieux urbains et, plus récemment, vers la traduction picturale d’œuvres musicales du compositeur américain Morton Feldman. Il cherche à affronter la notation musicale, qui structure le temps, en l’inscrivant dans un espace proprement pictural occupé par des signes géométriques et non-figuratifs.

Michel Daigneault, quant à lui, offre à travers ses œuvres non-figuratives d’intéressants jeux d’agencements et de répétitions, autant avec les formes qu’avec les couleurs. Il conjugue les suggestions et les allusions, et évoquent des espaces qui se déploient en de multiples ouvertures comme autant de réalités qui interfèrent les unes avec les autres.

Depuis 2015, Brigitte Radecki explore la stratégie du hasard du pli. Le pli, tel qu’il est perçu, représente une forme de connexion avec la possibilité de réconcilier les contraires autant entre abstraction/représentation, figure/fond, peinture/sculpture. Alors qu’elle n’hésite pas à se prévaloir des technologies de pointe, elle donne fermement priorité à la main humaine et à l’engagement viscéral que permet la peinture. Les métaphores qu’elle a attribuées réprimandent la revendication moderniste de l’autosuffisance de l’art ; le sens se produit là où l’œuvre d’art et l’imagination humaine se dérobent.

Enfin, Jeanie Riddle utilise des matériaux trouvés comme point de départ pour la fabrication sensible de ses peintures et de ses objets. Ses émotions perturbent l’œuvre d’art, laissant le site encombré par la promesse de changement que l’on trouve dans les représentations peintes de la couleur. Chaque couleur est équilibrée, négociée et positionnée comme un potentiel. C’est grâce au hasard, à la douleur et à la romance que, selon elle, rien n’est plus rapide que d’être en couleur.

Je me suis entretenue avec Rhéal Olivier Lanthier et François St-Jacques, les deux co-directeurs d’Art Mûr pour leur demander des détails sur la genèse de cette exposition. En effet, comment est arrivée l’idée de ce projet?

La scène des arts visuels montréalaise et canadienne a beaucoup changé dans les dernières années, plusieurs diffuseurs ont disparu, soit par leur fermeture ou par une fusion. Comme le projet Pictura a été conçu principalement en collaboration avec les diffuseurs existants sur la scène artistique, il nous est apparu important en participant à un événement fédérateur autour de la peinture, que des artistes laissés orphelins par leur lieu de diffusion ne soient pas oubliés. Notre sélection est composée de seulement quatre artistes, elle n’est donc pas exhaustive mais elle se veut un rappel de l’existence de tout un groupe de peintres qui seront absents pour cette première édition de Pictura. 

Pourquoi avoir choisi spécifiquement ces quatre artistes : Mario Côté, Michel Daigneault, Brigitte Radecki, Jeanie Riddle ?

Nous avons eu l’occasion de travailler avec ces quatre artistes dans différentes circonstances, soit via une exposition, une foire, ou autres, et nous avions beaucoup apprécié leurs productions et leurs personnalités. Nous avons eu l’idée de les réunir dans le cadre d’une exposition qui parle d’abstraction dans la peinture et de son interprétation via leurs travaux, mais nous voulions aussi souligner l’importance d’être à l’affût des artistes qui pour des raisons hors de leur contrôle se retrouve négligés. Être artiste est un métier difficile, même si on est talentueux, il est très facile de disparaître du radar, d’où l’importance de profiter de ces grands rassemblements pour réunir le plus grand nombre de membres de cette grande famille pictural. Le titre avec sa double signification résume bien notre objectif.

En quoi la peinture abstraite au XXIe siècle peut-elle encore nous surprendre?

Selon nous, l’abstraction n’a pas de frontière. C’est un développement à l’infini. Que ça soit par l’usage de la technologie, des visuels, il y a une réserve sans fin. Les artistes peuvent toujours puiser dans des inspirations techniques, offrant un développement significatif à leur démarche et leur recherche.