Xenolithic

Du 14 mars au 25 avril 2026
Vernissage : Le samedi 14 mars 2026 de 15h à 17h
Nicholas Crombach : Xenolithic

Texte par Gabriel Girard

L’exposition Xenolithic de Nicholas Crombach présente une réflexion sculpturale et matérielle sur les formes de coexistence entre les matériaux naturels et ceux issus de l’activité humaine. À travers un vocabulaire formel emprunté à la fois à la géologie et aux registres muséaux, l’artiste compose des ensembles où les objets ne sont jamais envisagés isolément, mais toujours pensés en relation, suspendus dans un équilibre à la fois fragile et maîtrisé.

Les sculptures présentées dans l’exposition sont constituées d’éléments variés – ossements, coquillages, verre, céramique et de nombreux autres matériaux récupérés – découpés de manière à en révéler la structure interne. Dans l’œuvre Cross Section I (2024), soutenue par des armatures d’acier, les fragments semblent flotter dans l’espace, maintenus dans une tension constante entre stabilité et précarité. Le regard circule alors entre les surfaces mises à nu, les vides et les structures de soutien, révélant un intérêt pour ce qui relie les éléments autant que pour ce qui les compose.

L’esthétique des œuvres évoque à la fois les collections de l’histoire naturelle, les réserves muséales, mais peut aussi faire penser les couches géologiques formées par les déchets à l’échelle mondiale. Sans jamais se présenter comme des objets strictement scientifiques, les sculptures de Crombach empruntent certains codes visuels propres à ces systèmes de classification afin d’en déplacer les usages. Les coupes transversales et l’apparence bidimensionnelle de certaines œuvres suggèrent une logique d’ordre, tout en laissant transparaître le hasard et la construction culturelle qui sous-tendent toute tentative d’ordonnancement du monde matériel. D’autres pièces, comme Cross Section V (2025), établissent un lien plus direct avec des objets du quotidien, évoquant par exemple la surface réfléchissante d’un miroir de chambre à coucher. Pour ainsi dire, l’exposition invite le public à observer attentivement tout en se déplaçant, pour démontrer que ces objets prennent sens autant par leur matérialité même que par la relation qu’ils établissent avec le corps et le regard dans le temps.

Cette approche trouve une résonance particulière dans les débats contemporains portant sur la matérialité et sur notre rapport à la Terre, tout comme aux ressources et aux vestiges de l’activité humaine. Les assemblages proposés par Crombach peuvent ainsi être envisagés comme des formes géologiques émergentes, issues d’un monde où les distinctions entre nature et culture deviennent de plus en plus floues. En ce sens, Xenolithic entre en dialogue avec les réflexions actuelles du théoricien Jussi Parikka, pour qui les matériaux technologiques, industriels et naturels participent aujourd’hui d’une même histoire terrestre, inscrite dans des temporalités longues et entremêlées. Par des compositions à la fois légères et structurellement fortes, l’artiste suspend les matériaux afin de rendre visibles les différents régimes de temporalité qui coexistent sur Terre.

Sous forme de collages tridimensionnels, les sculptures deviennent alors des condensés de temps et de matière, où chaque fragment conserve la trace de son origine tout en étant transformé par son association à d’autres éléments. La matérialité n’y est pas envisagée comme un simple support, mais comme une force active, capable de produire du sens, de résister à la fixité et de suggérer de nouvelles lectures de notre ère actuelle. Ainsi, ces œuvres ne se contentent pas de documenter le monde; elles en proposent une stratigraphie alternative, faite de juxtapositions, de fractures et d’agencements inattendus.

Nicholas Crombach

Nicholas Crombach