Escalade

Du 10 septembre au 29 octobre 2022
Vernissage : Samedi 10 septembre 2022 de 15 h à 17 h.
Judith Berry : Escalade

Les cycles de la matière

Texte de Marie-Anne Letarte

La première chose qui frappe dans les tableaux de Judith Berry, c’est la multiplicité des éléments qui s’y entremêlent, comme dans une chorégraphie organique. Ces décors surréalistes baignent dans une lumière chaude qui rappelle celle des tableaux de l’école flamande qu’affectionne Berry. Le filtre lumineux et doux qui convertit sa palette en camaïeux de verts et de jaunes leur confère une certaine nostalgie, adoucissant les contours des objets disposés avec un certain recul.

Que se passe-t-il dans ces tableaux ? Au premier coup d’œil, on associe les formes à des objets connus : arbustes, bâtons, câbles, cocons, sphères… Des personnages ou des parties de corps humains surgissent parfois : mains recouvertes de verdures, langue hérissée, homme de paille. Dans un second temps, on se prend à imaginer des récits émanant de ces formes, on cherche les raisons de leur présence et leur signification. Les tableaux de Berry renferment une infinité d’histoires qui se trament entre rêve et cauchemar, dans une atmosphère où l’absurde se fait vaguement angoissant. Ces compositions labyrinthiques se présentent comme des lieux hantés par l’émotion, et l’anxiété qui les habite contribue à leur mystère.

Berry aime jouer avec l’opposition entre la dimension représentative de la peinture et la matérialité de la toile et des pigments. « Je suis attirée par le caractère tangible de la peinture, lorsqu’elle prétend être autre chose que ce qu’elle est, par exemple un lieu, un portrait ou un arrangement d’objets sur un plan. Lorsque l’évidence de la vérité et le mensonge du médium oscillent entre la fabrication incontestable et la représentation prétendue, c’est cela qui me plaît le plus. »

Berry crée une atmosphère de suspense tout en abordant la représentation de manière ludique. Cette recherche d’équilibre transparaît dans les prouesses techniques de l’artiste qui, par le maniement délicat des pinceaux, la perfection des dégradés et la richesse de la pâte, réussit à créer une harmonie feutrée contenant les peurs ou les inquiétudes que peuvent susciter certaines représentations étranges. Toutes les œuvres de Berry contiennent des éléments qui changent de position, contribuent à créer une forme ou, inversement, sont en train de se défaire pour réapparaître sous une autre forme. 

Riche et complexe, l’univers de Judith Berry se nourrit ainsi d’introspections, de réflexions et d’explorations ludiques. Il s’intéresse en définitive au domaine des relations humaines qu’il évoque dans un cosmos à l’image de notre univers naturel. Pour la fascination de notre regard, Berry déploie devant nous une vision métaphorique des cycles qui naissent et renaissent dans les mouvements de la matière et du vivant.