Points de fuite

Du 17 janvier au 28 février 2026
Vernissage : Le samedi 17 janvier 2026 de 15h à 17h
Guillaume Lachapelle : Points de fuite (rétrospective et nouvelles œuvres)

1996 – 2026, 30 ans de passion, de découverte et de partage.
Texte par Valeria Márquez Reynoso et Rhéal Olivier Lanthier

On se souvient encore de nos premières semaines sur la rue Notre Dame Ouest, nous étions fébriles, remplis d’énergie et prêts à affronter les nouveaux défis qui s’annonçaient à nous. Aujourd’hui, à la veille de nos trente ans, c’est avec une certaine fierté que nous regardons le chemin accompli ; Art Mûr est un lieu d’exposition dynamique et incontournable de la scène canadienne. Nous avons conscience que nous devons la réussite de notre entreprise à beaucoup de gens qui se sont joints à nous au cours de ces trente dernières années pour réaliser des projets d’expositions exceptionnels. Sans ces artistes immensément talentueux et des collaborateurs exceptionnels, nous ne serions pas ce que nous sommes aujourd’hui.  Il y a beaucoup d’artistes et de collaborateurs que nous aimerions remercier, mais la liste est trop longue pour qu’on les nomme, mais, vous qui avez présenté, écrit, travaillé et collaboré, sachez que votre contribution est inscrite dans notre histoire et que notre réussite est aussi la vôtre.

Ainsi, pour nos 30 ans, nous offrons à certains de nos artistes l’exposition de rêve, celle qui mettra en lumière les années de créativité accumulées. Et, par la même occasion, vous offrir l’opportunité de découvrir l’amplitude de leurs contributions.

Nous débutons donc cette année de célébration avec un artiste qui est avec notre galerie depuis 2003, Guillaume Lachapelle. Depuis plus de 20 ans, Lachapelle nous plonge dans des univers parallèles et nous invite à nous questionner sur notre relation avec notre quotidien. Chaque nouvelle œuvre offre un point d’entrée envers un monde inquiétant et aliénant.

Lachapelle débute sa carrière avec des sculptures en bois. Son exposition Manèges (2006) offre un premier regard de ces objets vidés de sens, ou plutôt renversés de sens. Dès ses débuts, le manège et fête foraine font partie de son approche, offrant un parallèle de notre vie routinière et banale, mais se distanciant de la célébration pour laisser place à une inquiétante étrangeté, abandonnant le spectateur à lui-même. C’est l’objectif de Lachapelle, de nous déboussoler et nous mélanger, de nous sortir de notre zone de confort. Ses manèges sont anxiogènes non par les sensations fortes qu’ils causent, mais par cette sensation d’un désastre immanent. Ses paysages sont souvent dystopiques, sans toutefois être en ruines. On a donc l’impression d’être seuls à attendre l’arrivée d’un événement transformateur.

À partir de 2009, l’impression 3D prend de l’ampleur dans le travail de Lachapelle. Son exposition Machinations (2010) réintroduit le thème des manèges et les insère dans des villes fantômes, des paysages délaissés. On pourrait parler d’univers parallèles où presque tout semble intact, présentant les possibilités infinies de la représentation, des œuvres d’art, mais également les limites de notre propre réalité. Sans titre (2011), Évasion (2010) et Fissure (2009) présentent une porte d’entrée envers l’inconnu, possiblement un monde parallèle au notre. Ces passages se retrouvent entre des rangées de livres, créant ainsi une fissure dans notre connaissance du monde qui nous entoure, nous proposant une échappatoire. Dans l’exposition Visions (2014), ce passage s’approfondit et s’assombrit davantage. L’infini est combiné avec l’inquiétante étrangeté et sont représentés à travers l’utilisation de miroirs sans tain. Un wagon de métro, un stationnement, un bureau se retrouvent dans un espace sans fin, accentuant notre aliénation du reste du monde. Dans Night Shift (2016), ces espaces sans fin sont perpétués. L’œuvre Lost in reflexion (2015) est un couloir entre deux rangées de livres de taille humaine. Le titre nous invite à y rentrer, à nous y perdre et à réfléchir à ce qui nous entoure et où est-ce que nous nous dirigeons. Les stationnements vides et l’intérieur des bâtiments désertés rappellent des films d’horreur, des lieux sans échappatoire.

Dans sa dernière exposition à la galerie, Extrapolations (2023), Lachapelle intègre pour la première fois des représentations de ses proches en utilisant la technique de la photogrammétrie . Bien que des anciennes œuvres incluent des figures, c’est la première fois qu’elles sont identifiables. Cependant, afin d’ajouter à ce sentiment d’étrangeté, Lachapelle accepte et s’approprie des glitchs sur quelques-uns de ces individus, comme c’est le cas pour Dom (2023). Ses proches entrent en relation avec la machine et la technologie, créant des combinaisons inquiétantes et déconcertantes. Les amants (2023) semblent sur le point d’inhaler ce qui sort du chauffage, ensemble mais seuls – ou serait-ce plutôt le moment pendant lequel ils réalisent le danger de leurs actions et les effets sur leur couple ? Lachapelle réussit à représenter l’aliénation dans cette dernière œuvre. Il questionne notre dépendance aux objets technologiques et notre usage de ces derniers. Une sorte de mutation se crée, des chimères prennent vie tranquillement, des chimères non animales, mais mécaniques – quoi de plus effrayant ?