Herman Kolgen: La part de nous

Du 14 mars au 25 avril 2026
Vernissage : Le samedi 14 mars 2026 de 15h à 17h
Herman Kolgen : LA PART DE NOUS

Texte par Valeria Márquez Reynoso

Le sociologue Zygmunt Bauman développe la notion de « modernité liquide » afin de décrire notre époque et la nécessité des individus à se mouler constamment à leur environnement qui la constitue. L’identité n’est plus fixe ; liquide, elle coule et prend la forme de son contenant. C’est cette influence du monde externe sur notre intimité que cherche à exposer LA PART DE NOUS.

Neuf séries d’œuvres forment cette expérimentation. En effet, LA PART DE NOUS marque un retour à l’atelier important pour Kolgen, habitué à créer des œuvres monumentales. L’intime lui sert ici comme fil conducteur. Son objectif est de nous inviter dans son monde, mais également de tirer de nous une partie de notre essence, de qui nous sommes.

Tout au long, le public participe et est immergé dans cet amalgame d’expériences. L’éphémérité est représentée à travers nos actions et les médiums, laissant place à une vulnérabilité retentissante. Un échantillon de salive est nécessaire pour l’activation de l’exposition. Cet échantillon créera par la suite une empreinte sonore qui réverbérera pour le reste de la journée dans l’espace. Ainsi, nous sommes invités à laisser derrière une part de nous afin d’offrir aux autres une expérience immersive de l’exposition. La salive représente nos mots, nos pensées, nos émotions, le plus intime de notre être. De plus, l’instabilité et la fragilité de la vie sont au cœur de l’exposition, mises en boule par l’artiste et représentées par des matériaux fragiles, illustrant notre part de vulnérabilité.

L’effet de la technologie est également omniprésent, que ce soit à travers la représentation de ses influences sur notre humeur ou la surconsommation d’informations. Ceci amène en nous cette envie de vouloir nous distancier du monde, de faire l’autruche et ignorer ce qui se passe autour de nous. La dualité du matériau est aussi explorée, en superposant des sculptures en béton, rugueuses et travaillées à la main, et des plaques lumineuses, qui servent à illustrer cette envie d’apesanteur, de prendre notre distance et devenir un naufragé de notre monde.

Des dessins de grandes dimensions démontrent l’importance pour Kolgen de laisser parler sa créativité, de lâcher prise et de représenter le plus intime de lui – son inconscient. Pour lui, c’est cet acte libérateur qui a semé la graine de LA PART DE NOUS.  En effet, Kolgen cherchait « à rompre le lien entre pensée et geste, à court-circuiter le contrôle pour laisser surgir ce qui grouille sous la surface ».

L’intime prend différentes formes, tels que des vêtements d’hommes et de femmes marqués par l’usage, puis devenus des expériences fossilisées. Kolgen les décrit comme des architectures du corps, des sortes de façades de qui nous sommes et de qui nous souhaitons être. Parallèlement, le cœur, représentation de notre essence, est ici dépouillé de son contenant pour seulement laisser place au flux qui le forme et qui le fait battre.

Enfin, tout comme le cœur représente qui nous sommes, le nombril représente pour Kolgen notre provenance. C’est un souvenir de nos origines, mais aussi de notre séparation d’un lieu sécure et de notre vulnérabilité face au monde externe. Différents nombrils créent différentes empreintes sonores, nous nous retrouvons face à des images plus grandes que nous, nous confrontant à ces marqueurs de vie et d’évolution que nous portons tous sur nous.

LA PART DE NOUS est un projet qui, tout au long, nous propose de regarder au plus profond de nous-mêmes et à questionner comment est-ce que le monde qui nous entoure nous moule constamment. Par moments, Kolgen nous invite à nous confronter et à nous questionner, mais également à prendre un pas de recul et à nous réancrer. Il explique que ces séries représentent pour lui un « besoin d’agir par instinct. Créer comme on respire : par nécessité, pour exister ».

Herman Kolgen

Herman Kolgen