Marie-Claude Lacroix

Marie-Claude Lacroix
Concordia University (Montreal, QC)

Mon travail traduit une fascination pour la construction ainsi que la fragmentation des images, l’idée de la vie intérieure étant une trame omniprésente à ces oeuvres picturales. À travers une approche contemporaine de la nature morte, je développe une recherche qui explore la relation entre matérialité, vulnérabilité et ambiguïté.

Ces peintures résultent d’une méthodologie systématique, où les médiums s’accumulent afin de générer des environnements incongrus. Tout d’abord, je fabrique des assemblages qui seront ensuite mis en scène dans des maquettes de dimensions réduites. Les compositions qui en résultent sont ainsi documentées, jusqu’à l’obtention d’une image. La photographie, médium indissociable à cette démarche, est utilisée telle une esquisse, afin d’élaborer une composition graphique. Ces espaces sont constitués à partir de matériaux qui évoquent les altérations ; verre, objets contondants et coupants, papiers, cartons, cordes, différents type de ruban adhésif, matières liquides, brillantes ou visqueuses…Cette matérialité évoque la modification et la fragilité.

Ces plans anonymes suggèrent une présence humaine, sans jamais l’illustrer. Les objets sont mis en scène d’une manière à générer des symboliques. La matérialité est utilisée de manière à faire écho aux émotions et à la santé mentale. S’y trouve le désir de dépeindre le contrôle, et la perte de celui-ci, dans un même espace. Je perçois le contrôle comme une domination sur soi-même, particulièrement énigmatique, qui mène à de multiples réflexion sur l’équilibre mental. Aussi, je m’interroge sur les manières de dépeindre l’hypersensibilité, et sur les façons dont la société tente de contenir et d’encadrer ce trait psychologique. Ainsi, je veux qu’une douce violence émane de ces images. Une noirceur qui se maîtrise, dans un espace où règne une ambiguïté intimiste.

L’idée du détail est au centre de cette pratique, choisissant l’agrandissement de plan comme manière de travailler la composition. Le cloisonnement des éléments, mêlé à une spatialité décalée, produit une certaine étrangeté. En représentant seulement un angle réduit d’un espace, un intérêt pour le manque et l’absence est manifesté. Les multiples altercations des éléments, dans ces images, symbolisent des moments d’instabilités et de bouleversements. Je tente d’évoquer l’inquiétude en dépeignant des sujets qui entrent en collision, coulent, se font transpercer, déchirer.

Ainsi, la déformation de ces objets fait allusion à la transformation potentielle de l’esprit et des sentiments. S’y dessine ici un intérêt quant au rapport que l’on entretient avec la guérison émotionnelle et par nos capacités à se façonner au niveau de l’équilibre psychologique.