Louis-Charles Dionne

Louis-Charles Dionne
NSCAD University (Halifax, NS)

Je repositionne des artefacts prosaïques afin de tordre et d’interroger les relations avec les objets du quotidien. Mon travail réoriente les cultures matérielles qui nous entourent par de légers changements dans leur composition, leur cadrage et leur utilité. J’aborde la « fonction », l’« accessibilité » et la « valeur » des choses comme des figures ouvertes, peut-être des figures de style plutôt que des histoires achevées. Je passe du temps parmi les objets pour trouver ce qui serait un compromis réussi entre mon intention et ce qu’ils veulent faire. « Passer du temps » signifie tout, depuis le fait d’amener ces objets dans mon quotidien et de vivre avec eux jusqu’à leur reproduction dans un nouveau matériau ou par une technique différente qui implique un processus contemplatif. Les gestes répétés sont ce que je passe le plus clair de mon temps à faire. Le geste a parfois des implications plus profondes que la chose faite. Les vestiges du processus deviennent souvent le travail – ne sont-ils pas les « vestiges » et la « chose », tous deux des restes du même processus ; pourquoi l’un devrait-il prévaloir sur l’autre ? Une partie des règles de ma pratique consiste à introduire un élément mnémonique (relatif à la mémoire) de l’histoire et de l’héritage de ma discipline dans les objets ou les situations de la vie quotidienne. Je suis plus intéressé par le fait que mon travail s’inscrive dans le cadre de la vie contemporaine que par l’art contemporain. Les questions sociales et environnementales ont la même influence que mon parcours et ma formation en histoire de l’art et en théorie. Je ne suis pas intéressé par le jargon et les structures artistiques et académiques qui existent et fonctionnent dans le vide. Je m’intéresse à la démystification, à l’accessibilité et à l’éthique.

Les pratiques artistiques doivent s’incarner et s’étendre au-delà de l’œuvre. Et si nous considérions le « faire » comme une pratique de la connaissance ? Et si nous changions notre paradigme d’éducation de « l’étude de » et « l’apprentissage sur » par « l’étude avec » et « l’apprentissage à partir de » ? La « fabrication » devient une pratique incarnée qui démonumentalise la connaissance en empruntant à différents types de connaissances. « Fabriquer » permet d’être immergé et physiquement impliqué dans la dynamique actuelle de la production et, par le fait même, de s’interroger sur l’acte analogue de fabriquer et sur sa pertinence dans un monde post-industriel et capitaliste qui déborde déjà de marchandises dont le rythme croissant de production met en péril notre avenir. Comment l’« apprentissage à partir des matériaux » pourrait-il influencer la discussion dominante sur le processus artistique lorsque l’agence de matériaux repense le « faire » sous l’angle de la collaboration post humaniste ? Qu’advient-il de la notion d’éphémère lorsque nous examinons les pratiques de recyclage, de réutilisation et de reconversion ?

Louis-Charles Dionne est un artiste multidisciplinaire, éducateur et chercheur de la rive sud de Montréal, maintenant basé à Halifax. Diplômé de l’Université Concordia avec un baccalauréat en sculpture et en histoire de l’art, il termine actuellement sa maîtrise en beaux-arts et en arts médiatiques à l’Université NSCAD (Nouvelle-Écosse). Il est également titulaire d’un diplôme d’études supérieures en éducation postsecondaire de l’UQAM. Sa pratique est ancrée dans la sculpture, l’installation et l’art public, et a évolué à partir du travail de fonderie, principalement avec le bronze et la fonte. Récemment, Dionne a travaillé la sculpture et l’installation de la pierre, et il a développé un collectif de performance et une pratique collaborative de conservation. Dionne repositionne des artefacts banals afin de tordre et d’interroger les relations avec les objets quotidiens. Son travail réoriente les cultures matérielles qui nous entourent par de légers changements dans leur composition, leur encadrement et leur utilité.