galerie expositions courantes  
expositions expositions passées | 2005 | 2006 | 2007 | 2008  
services spécialisés  
artistes    
informations   english
       
 

Expositions présentement à Art Mûr

Art Mûr

 

Stone Days
Barbara Todd

Tangle Wood
Shayne Dark

Du 23 août au 27 septembre 2008



2e étage

 

Delirium
Dennis Ekstedt

Du 23 août au 27 septembre 2008

 

 

Stone Days
Barbara Todd

Du 23 août au 27 septembre 2008

 

Il est temps que la pierre consente à éclore.
Paul Celan

 

Depuis une dizaine d’années, les pierres sont un motif central dans le travail de Barbara Todd. L’artiste en explore les multiples dimensions – tactile, matérielle, visuelle, formelle et métaphorique – afin de construire un univers onirique inspiré par le quotidien, la philosophie et la poésie.

De fait, la démarche de Todd est alimentée par des références littéraires diverses, allant de Paul Celan à Virginia Woolf, en passant par Muriel Rukeyser, Nelly Sachs et Goethe pour n’en nommer que quelques-uns. Le thème des pierres est abordé pour la première fois dans l’œuvre Mouthful of Stones (1996), qui faisait partie d’une série de courtepointes bleu foncé et noires traitant des notions de sécurité et d’intériorité. Inspirée par la pensée antique grecque, cette œuvre textile abordait la question de la fragilité du langage. Pour l’orateur classique, l’idée désagréable de se remplir la bouche de cailloux constituait un remède contre le bégaiement; reprise par Celan, cette image est posée comme métaphore de l’énonciation poétique. Dans la lignée de ces réflexions, Barbara Todd cherche à se placer sans cesse au seuil du silence et de la parole, de la présence et de l'absence, du concret et de l'immatériel, de l’intérieur et de l’extérieur.

Les œuvres présentées dans cette exposition font partie d’un projet intitulé Stone Days entamé en 2005. Pensé par l’artiste comme un « journal des jours », celui-ci consiste en une collection de 365 dessins et de 365 textes, résultat d’une pratique quotidienne qui combine une sélection de fragments d’écrits ou de bribes de paroles recueillis au fil des années et des agencements de petites pierres trouvées sur la plage. Chaque jour pendant une année, l’artiste créait une organisation différente de cailloux en fonction du texte choisi, tentant de faire émerger de ce processus des qualités de mémoire et de présence. Cette logique d’accumulation et de passage rend compte d’une réflexion sur le temps comme ancrage fondamental du sujet au monde.

« Parfois les pierres composent des formes, parfois ce sont des trous. J’encourage les pierres tranquilles à s’épanouir, explique-t-elle. » Une variété de matériaux et de techniques sont investis afin de maintenir en vie ce potentiel de surgissement. La recherche de Stone Days ne s’arrête donc pas en 2005 : l’artiste continue d’écrire et de réécrire ses pierres en insistant sur l’aspect « processuel » de son travail. Les dessins, collages, reliefs et courtepointes rassemblées pour cette exposition en accentuent aussi la dimension ludique et contemplative. Élaborées dans une esthétique minimaliste, ces œuvres expriment une légèreté qui marque une distance avec certains aspects de sa production antérieure. Elles forment un corpus ouvert et abstrait qui conduit le regard et la pensée vers des lieux où les frontières entre l’imaginaire et le quotidien tendent à disparaître.

 

 

 

 

 

 




 

Barbara Todd
Pair (paire), 2007
mylar mat, papier couché, collage
91 x 61 cm



 

Tangle Wood
Shayne Dark

Du 23 août au 27 septembre 2008

 

Le corpus d’œuvres présentées dans l’exposition « Tangle Wood » fait état des dernières recherches de Shayne Dark en matière d’installation, de sculpture et d’intervention dans l’espace public. Les questions de lieu, de site et d’environnement inhérentes à sa pratique y sont directement abordées, pointant vers un renforcement des liens entre l’art et la vie dans la réflexion de l’artiste. Il y a de fait, chez lui, une nécessité de penser la continuité entre les espaces naturels et culturels, d’activer des échanges entre les lieux de vie, de création et d’exposition à l’extérieur de toute hiérarchie ou de toute échelle de valeurs. Par une série de transferts sémantiques, formels et spatiaux appliqués aux objets, Dark cherche à révéler la beauté intérieure des choses qui nous entourent dans le but de favoriser une contemplation directe du monde, sans la médiation de la sphère artistique. Sa démarche s’inscrit dans l’optique d’un renouvellement de nos manières de faire et d’habiter les lieux.

La plus récente production de Dark traite de ces enjeux au moyen d’installations de très grands formats. Une « monumentalisation » de son travail est d’ailleurs observée au plan de l’augmentation d’échelle et de l’envergure des constructions créées pour cette exposition. Celle-ci relève du concept de « continuité spatiale », qui se définit par une relation dynamique entre l’objet et son contexte architectural. Par un jeu entre les volumes et les vides, entre la forme, les dimensions, les matériaux et la couleur, l’artiste mobilise l’espace en suscitant chez le spectateur des impressions immédiates, se rapportant à des états physiques et psychologiques primaires. L’installation Red Tide (marée rouge), une masse de bois protéiforme surgissant entre deux panneaux inclinés et appuyés sur les murs de la salle, évoque un courant d’eau puissant ou la cristallisation d’une forme envahissante qui oscille entre sa beauté luxuriante et l’idée de danger propre à l’expérience du sublime. Cette qualité de présence émane de la couleur pure, qui donne une matérialité nouvelle aux fragments d’arbres repêchés par l’artiste pour créer cette œuvre, dans un geste de « réanimation » qui caractérise son processus créateur. L’eau est également le principal élément représenté dans Tangle Wood, une réalisation in situ de plus de 7 mètres de diamètre qui fait référence au transport du bois sur les rivières à l’époque du développement des industries du papier. Les bûches bleues semblent émerger du sol et s’y enfoncer comme dans de l’eau, se mesurant au corps du spectateur par leurs dimensions et les forces physiques qu’elles expriment. Différemment, la sculpture Last Stand fait figure de monument de manière plus traditionnelle, tant au plan formel, par l’usage de la colonne, qu’au plan sémantique, à travers les questions de souvenir et d’édification qui lui sont sous-jacentes. En regard de ces recherches plastiques, l’espace d’exposition devient le lieu de possibilité d’une vie de l’œuvre et d’une vie avec l’œuvre.

 

 

 

 

 

Shayne Dark
Red Tide, 2007
techniques mixtes
dimensions variable


Delirium
Dennis Ekstedt

August 23 to September 27, 2008

 

À la frontière de l’abstraction et du réalisme pictural, les toiles de Dennis Ekstedt déjouent nos sens, rappelant à la fois des explorations purement formelles et des paysages urbains nocturnes. Alors que ses séries précédentes misaient sur des vues de haut perçues d’un gratte-ciel, faisant ressortir le plan géométrique orchestrant l’organisation des villes, les toiles intitulées Delirium, Instant et Procession sont plus fluides, suggérant davantage un rapprochement avec des images de constellations et de voie lactée qu’avec celles de grilles régulières. Laiteuses, comme si les paysages se présentaient à travers un filtre brumeux diffractant les lumières de la ville de manière à les rendre floues, les nouvelles toiles de Ekstedt se font plus atmosphériques, ce qui les rend poétiques.

Jouant sur deux niveaux de perception, lointain puis rapproché, les œuvres de Ekstedt usent de duplicité. Elles peuvent d’abord ressembler à des photographies prises la nuit, un processus qui demande de longs temps d’exposition expliquant les traînées lumineuses de ce qui pourrait être interprété comme des phares d’automobiles. Lorsque le spectateur s’avance par contre, il constate rapidement qu’il a sous les yeux des pigments et de la toile, ce qui fait basculer les représentations du côté de l’abstraction puisque les traînées lumineuses deviennent subitement des coulisses de peinture dont la matérialité se révèle incontestable. On peut ainsi penser que Dennis Ekstedt se penche tout autant sur les techniques de l’abstraction que sur le second sens du terme « abstraction » qui désigne notamment l’acte d’abstraire, c’est-à-dire d’isoler une composante d’un tout complexe en laissant ses autres caractéristiques de côté. Dans un article récent sur ce thème, Peter Plagens nous rappelle d’ailleurs qu’un paysage ou une nature morte ramené à ses composantes formelles essentielles, ce que Ekstedt propose dans ses représentations urbaines, constitue aussi une abstraction. Simplement, il s’agit alors d’une abstraction qu’il qualifie d’objective, opposée à une abstraction non objective ne reposant pas sur une épuration de la réalité .

Ce sont les diverses qualités de la lumière – artificielle, naturelle, diffractée, éthérée, reflétée, projetée – que l’artiste cherche à saisir dans ses toiles depuis son arrivée chez Art Mûr en 2003. Semblant s’inspirer de photographies, que l’on reconnaît au type de cadrage et aux effets lumineux représentant le mouvement, il met en évidence la porosité des frontières séparant les deux médiums artistiques en rappelant que si la photographie, au début de son histoire, a tenté de gagner une reconnaissance artistique en reprenant les techniques de la peinture (pictorialisme), cette dernière s’est aussi transformée au contact de ce nouvel instrument. Happé de plus en plus par les hauteurs célestes desquelles le rapprochent ses vues en plongée, exigeant de lui qu’il s’élève aux sommets des citées qu’il dépeint, Ekstedt a logiquement laissé son regard errer jusqu’au ciel étoilé. La ville devenue firmament et le ciel paraissant tout à coup habité, les œuvres récentes du peintre perdent leur ligne d’horizon au profit de la représentation d’un espace intermédiaire, aérien, flottant quelque part entre l’infiniment grand et l’infiniment petit, entre le plancher des vaches et l’étendue sans limites apparentes de l’univers.

 

 

 

 

 

 

Dennis Ekstedt
Procession I, 2008
huile sur toile
132 x 122 cm

 

 





 

Galerie Art Mûr       5826 rue St-Hubert       Montréal      .Québec     H2S 2L7     Canada      tél +1 (514) 933 0711  .   fax +1 (514) 933 0721 .. ..admin@artmur.com