Valse à 5 temps

Du 18 janvier au 1er mars 2014
Patrick Bérubé : Valse à 5 temps

Texte de Eloi Desjardins

Valse à 5 temps de Patrick Bérubé souligne le retour de l’artiste à l’installation in situ. En effet, l’artiste s’est fait connaître ces dernières années pour sa production de petites sculptures et objets qui empruntaient à l’univers de la maquette et de la miniature. Plusieurs de ceux-ci furent réalisés en contexte de résidence d’artiste où les moyens de production et l’espace s’avèrent souvent réduits. Toutefois, pour la galerie de la rue Saint-Hubert, le praticien investie la totalité de l’espace qu’on lui a offert. Il y déploie une laborieuse mise en scène composée de cinq lieux aux ambiances et aux sonorités distinctes. Chaque salle se veut aussi un présentoir pour multiples objets, bibelots et images imprimées. Plus que de simples décorations pour accompagner le parcours, chaque élément s’avère être des pistes de lecture pour ce complexe récit que propose l’artiste.

Le titre, la valse, fait référence à une danse qui a obtenu ses lettres de noblesse dans la société aristocratique viennoise du XVIIIe siècle. Pour l’artiste, ce divertissement mondain joue le rôle d’une métaphore des cercles vicieux de nos systèmes politiques qui semblent tourner en rond. C’est aussi une allégorie des vices de notre société contemporaine; sexe, argent, jeu et alcool traversent cette œuvre de Bérubé.

À cet effet, il est amusant de remettre en contexte historique le phénomène des danses sociales. Celles-ci furent longtemps prohibées par l’Église catholique; elles menaient à la tentation de la chair. Parallèlement, en période de contre-réforme chez les protestants on retrouve la danse comme motif récurrent dans la peinture de genre. En effet, dans les scènes d’intérieur chez les peintres du Nord, on y voit souvent représentées des soirées mondaines de la bourgeoisie de l’époque. La danse, la musique, l’alcool et le jeu y sont des figures communes. Ces tableaux se veulent une forme de mise en garde face aux dangers du vice.

Sans être véritablement un grand moralisateur, la comédie s’avère être un élément important de la pratique de Bérubé. Sans avoir l’ambition des pièces de théâtre du grand Molière, notre artiste souhaite dépeindre les travers et le ridicule des caractères et des mœurs d’une société. Son travail, à l’attitude humoristique et cynique, déstabilise le visiteur; il permet aussi un commentaire critique, mais bien personnel. À cet effet, l’artiste affirme s’intéresser aux petites détresses qui ponctuent notre quotidien. Celles-ci témoignent de notre vulnérabilité devant la perte de contrôle.

Devant une œuvre de Bérubé, on pourrait croire assister aux aboutissements d’un accident ou d’un incident. Les causes de ladite fatalité semblent nous échapper. Ces irrésolutions soulèvent l’incertitude avec laquelle l’artiste s’amuse à construire ses récits.