Better the Devil you Know

Du 4 mai au 22 juin 2013
Vernissage : Le samedi 4 mai de 15h00 à 17h00

Texte de Anaïs Castro

Je suis attiré par la forme et l’idée du mémorial comme marqueur qui illustre le lien entre la mémoire et l’expérience du présent. Ma préoccupation principale est d’examiner comment les gens exploitent ces systèmes rituels et ces objets dans un espace domestique dans le but d’amplifier leur identification avec ceux-ci, ou peut-être même avec les cultures responsables de leur existence. – David R. Harper

Se souvenir, il semble, est une préoccupation toute contemporaine. Jamais dans l’histoire n’y a-t-il eu une telle obsession à produire des sites commémoratifs. Nous sommes dans une ère où toute information doit être enregistrée, préservée et cataloguée; chaque image partagée, chaque évènement commémoré. En parallèle, nous sommes dans une ère aseptique dans laquelle tout est transformé, la nature est contrôlée, contenue, et stérilisée.

C’est précisément dans cette perspective que le travail de David R. Harper prend tout son sens. Il investigue la taxidermie, une technique qui depuis les années 90 connait l’engouement de plusieurs artistes et qui pour Harper, satisfait le désir de contrôler la nature, elle affirme la suprématie de la culture sur l’état sauvage et même, dans les mots de l’artiste : « célèbre la mortalité de l’animal tout en différant la nôtre. » La taxidermie permet de préserver le corps d’un animal suite à son décès, mais en rappelant la réalité de la mort, elle est toujours morbide.

Better The Devil You Know, par contre, ne l’est pas. L’œuvre opère de façon à mettre en lumière une certaine contradiction en présentant une image contenue, traitée, voire monumentale de la mort. Les nombreuses flèches qui entourent l’animal ne sont pas sans rappeler la tauromachie et confèrent au travail de Harper un sens dramatique qui parvient à sublimer l’idée de la mort. Cet effort d’embellissement masque au fond notre inconfort à tout ce qui outrepasse notre contrôle et ce qui nous rappelle l’inéluctable date d’expiration de chacun d’entre nous.

La particularité de Better The Devil You Know est dans la façon dont le corps du cochon a été magnifié. Ses pieds, ses oreilles, ses yeux et sa gueule ont été couverts de porcelaine chinoise ce qui ajoute une toute autre dimension à l’œuvre—référant à la taxidermie comme moyen d’objectiver les animaux en simples articles décoratifs souvent vendus comme n’importe quel autre commodité « Made in China ». L’évidente référence au monde de la chasse, un impressionnant tableau de chasse pourrait-on dire, n’est pas non plus à ignorer. Ainsi, les œuvres de Harper offrent plusieurs niveaux de signification et il est toujours du rôle du regardant de leur en conférer le sens. Pour cette raison, on pourrait dire que David Ross Harper produit de puissants sites commémoratifs. Puisque ultimement, le mémorial est lié à l’empathie: ériger un monument est toujours joindre à un objet ses sentiments.

1.Traduction libre de David Ross Harper, ‘’Artist Statement’’ sur le site de l’artiste disponible : http://www.davidrharper.com/home/statement/ date d’accès : 09/04/2013