Renée Duval : Concentric Longing

Concentric Longing ou la nostalgie d’un chez-soi

« La nostalgie; la fiancée des bons souvenirs qu’on éclaire à la bougie. » (Grand Corps Malade, Rencontre)

Lorsque Irit Rogoff définit la géographie dans son livre Terra Infirma: Geography’s Visual Culture , elle y voit plus que la simple étude de lieux déterminés par des frontières. Cette description classique se doit, selon elle, d’être bonifiée d’une variable contemporaine, soit la migration des individus. Native d’Israël, l’auteure s’est elle-même déplacée par une suite d’opportunités professionnelles jusqu’à Londres, où elle enseigne aujourd’hui. Ainsi, la géographie devra devenir, de nos jours, l’analyse des relations entre les lieux que cette discipline étudiait jadis et les sujets peuplant ces lieux, relevant ainsi des notions d’appartenance et de nostalgie qu’il est possible de percevoir, par exemple, dans les œuvres de Renée Duval.

Aujourd’hui résidente de Montréal, Renée Duval est née à Vancouver, en Colombie-Britannique. Le lien qu’elle entretient avec sa ville d’origine est très fort, et ce malgré les quelques 3684 kilomètres qui les séparent. Ses paysages évoquent en elle divers évènements qu’elle y a vécus et provoquent, tour à tour, nostalgie et bonheur. 

Les œuvres du corpus Concentric Longing sont les descendantes directes de celles de sa série précédente, Philoscope (2009), qui était le résultat de la retranscription sur toiles d’images de la ville natale de Duval obtenues par cybercaméra. Elle les présentait comme telles, vues enserrées par un cadrage noir circulaire, comme si le spectateur regardait directement dans le câble d’une connexion Internet, rendant Vancouver si près et si loin à la fois.

Ces nouveaux paysages sont aussi tirés d’images de cette ville de Colombie-Britannique. Désertiques, il s’en dégage un sentiment de désolation. Exilée depuis plusieurs années, Renée Duval témoigne de sa nostalgie du décor de ses origines. Ainsi, les œuvres présentées sont à la fois hautement autobiographiques et représentatives des sentiments d’une grande quantité de Montréalais d’adoption. En effet, les toiles exploitent les lieux-mêmes où s’ancre la mémoire de Duval, ceux-là mêmes qui provoquent ses sentiments nostalgiques liés à l’éloignement. Néanmoins, l’artiste y révèle aussi le travail de la mémoire qui isole ces lieux qui ont marqués nos vies et qui se substituent à des évènements, des sentiments, des personnes, voire des odeurs. Oeuvres sur l’influence du temps, sur la nostalgie, l’ennui et la mémoire, Concentric Longing évoque tout ce qu’on a laissé derrière et qu’on traîne avec soi, comme un bagage rempli de souvenirs.

1.  Irit Rogoff, Terra Infirma: Geography’s Visual Culture, Londres /New York, Routledge, 2000.