Peinture fraiche et nouvelle construction 2010

Chaque édition de Peinture fraîche et nouvelle construction est d’une diversité étonnante, la sélection des artistes ne relevant pas du personnel de la galerie mais bien des différents départements d’arts visuels des universités participantes. Ce qui nous permet d’éviter un éclectisme total est la décision de se restreindre à la peinture et à la sculpture. Ces deux arts étant cependant aujourd’hui interdisciplinaires et très ouverts à l’innovation, les possibilités auxquelles nous confrontent les artistes de la relève semblent infinies.

Ce qui m’a d’abord frappé lors de l’étude des dossiers des 32 artistes participant à cette sixième édition du projet, c’est que l’abstraction pure y a très peu de place. Même le travail pictural d’Andrew Smith (Ottawa), qui pourrait sembler une des productions les plus abstraites de la sélection de cette année, est profondément ancré dans une démarche conceptuelle et concrète dans laquelle chaque trace sur le contreplaqué renvoie à un geste précis dans l’espace – chaque trait devenant le réceptacle de données pouvant ensuite être le sujet d’études béhavioristes.

Au-delà de cette première constatation, ce qui retient mon attention est à quel point cette nouvelle génération de créateurs est profondément marquée par la société de consommation et par le rythme effréné de l’évolution des technologies. L’objet se retrouve ainsi au centre de plusieurs démarches : il est le témoin des élans performatifs de Stephanie Shantz (Waterloo), puis dépositaire de mémoire dans l’œuvre de Nicole Raufeisen et Ryan Witt (NSCAD), qui se l’approprient grâce au procédé pictural. « Trouvé », il est récupéré et intégré aux installations de Jessica Karuhanga (Western Ontario), qui par son intermédiaire aborde les notions d’identité et de la diaspora, ou encore est-il récupéré et méticuleusement accumulé en des constructions quasi architecturales par René Vanderbrink (Western Ontario) – d’une manière qui frise le trouble obsessif-compulsif.

Quant à la technologie, peu l’embrasse aussi sincèrement que Dustin Wenzel (York) et son impressionnante installation multisensorielle New Wonderment (2010), qui explore les fonctionnements et la structure interne de l’anatomie humaine. Plusieurs des exposants insistent en fait sur l’utilisation de technologies très limitées, sinon carrément dépassées, et vont même jusqu’à privilégier l’utilisation de matériaux pauvres. C’est entre-autres le cas de Laurent Lamarche (UQÀM), qui traite paradoxalement de l’univers des nanosciences par l’intermédiaire d’organismes vivants fictifs qu’il crée à partir de papiers d’emballage récupérés et utilise de simples rétroprojecteurs comme supports multimédia au sein de ses installations.

Cette prédilection pour des matériaux pauvres, alors que ces derniers sont plus que jamais disponibles et aisément accessibles en cette ère de consommation excessive, est d’autant plus intéressante lorsque l’on considère que l’actuelle culture de l’éphémère et de l’instantané coexiste avec un mouvement de pensée qui lui est en tout point contraire, véhiculant un désir d’éternité et promulguant la notion d’obligation de mémoire. En ce sens, les figurines de carton ondulé de Frédérique Laliberté (Laval) et les micro-organismes faits de papiers d’emballage de Lamarche peuvent être compris comme emblématiques d’une époque, incarnant ses multiples facettes et tensions intrinsèques.