Sherri Hay: The place where you live..

Texte de Dominique Allard

De la tension chromatique entre le noir et le blanc, l’œuvre de l’artiste torontoise Sherri Hay réitère les termes du débat idéologique entre le héros et le vilain, le bien et le mal, en jouant, à la fois au niveau formel et métaphorique de l’œuvre, des possibilités de nuances et d’entre-deux qu’il recèle, soulevant ainsi l’actualité de ce débat non résolu. Suite aux séries de dessins So Full is the World of Calamity That Every Source of Pleasure (2007) et de globes de neige Wish you were here (2006-2009) dont la résonance appelait toute une tradition visuelle de l’événementiel et du catastrophique, c’est en référant à la structure typée du western cinématographique que cette nouvelle série intitulée The place where you live is lit by the sun (2009) reprend les termes dialectiques du bon et du méchant, de l’amour et de l’indifférence. Le western classique, dont le genre fut porté à son apogée dans les années cinquante, a de particulier la reprise d’un même sujet, contexte et structure, tous participant de son approche manichéiste. Intégrant cette série au projet de réalisation d’un western, l’artiste renoue avec le genre tout en le réinterprétant dans un contexte non plus historique, mais fictionnel et fantastique où sont établis et représentés les deux principaux protagonistes ainsi que le décor dans lequel pourra se dérouler l’histoire encore inachevée. Les œuvres de Hay s’appréhendent dès lors en tant que maquettes scénographiques, ébauches d’un story-board servant à l’élaboration de son projet de réalisation : anomique, la série porte à l’expansion et à la prolifération des possibilités narratives lorsque pensées en relation au déroulement de l’intrigue à venir. Revoyant également la structure temporelle et narrative du western, l’artiste remplace le déroulement linéaire qui lui est propre par celui écourté et fragmenté des œuvres matérielles. Le temps narratif est ainsi délaissé au profit d’un temps matériel, celui de la création et de la confection d’œuvres de papier, telles les vignes et les fleurs faites à la main, omniprésentes dans cette récente série.

Espaces oniriques et fantasmagoriques, les œuvres de Hay pointent également leurs références vers le jeu et le jouet en ce qui a trait à la représentation de la boîte et de la figurine, ainsi qu’au mythe et au rite de par, entre autres, les matériaux naturels employés et simulés. Entre jeu et mythe, c’est aussi la portée surréaliste et théâtrale de l’œuvre qui est mise en valeur, rappelant la complémentarité fort prégnante entre les arts visuels et le théâtre dans les années vingt. À la fois artiste et scénographe au théâtre et à la télévision, Sherri Hay présente une série dont les enjeux formels incitent à repenser l’œuvre comme témoin d’une tradition visuelle, théâtrale et cinématographique, corrélation qui se noue ici dans l’attente de l’intrigue.