Vanitas

Texte de Ève De Garie-Lamanque

Tel un Oscar Wilde de l’époque contemporaine, le duo formé par Sheila et Nicholas Pye produit un art qui verse dans la psychologie sociale. La photographie, le court métrage, l’installation et la performance consistent pour eux en autant de supports et de médiums par lesquels ils s’adonnent à l’étude et à l’analyse des comportements humains dans le cadre de relations interpersonnelles, et plus particulièrement des relations amoureuses et matrimoniales. Eux-mêmes mari et femme, Nicholas et Sheila Pye s’inspirent librement de leur intimité afin de traiter métaphoriquement, dans leurs autofictions, de sujets aussi pointus que la perte d’identité individuelle, la désexualisation, ou la perte d’autonomie et d’indépendance dans le contexte d’une relation à long terme.

Dans leur plus récent corpus, intitulé Vanitas, ils proposent une réflexion d’ordre général sur la mort et le couple. Le concept de mortalité peut tour à tour y être interprété littéralement ou symboliquement, pour ses connotations négatives ou positives, mais les deux artistes l’auront choisi d’abord et avant tout pour ses vertus. Ainsi, alors que leur série précédente, dont la vidéo A Life of Errors fait partie, comportait une forte tension négative, et dans laquelle « mort » rimait avec « violence » et « désir de tuer », Vanitas présente au contraire une vision salvatrice et bienveillante de la mort, qui devient – malgré une difficile période de deuil – métaphore de changement, de retour à la nature et de renaissance.

Beaucoup plus qu’un exercice d’ordre purement intellectuel et qu’une étude de comportement social, Vanitas s’inscrit visuellement dans la forte tradition de la photographie mise en scène, dont un des principaux acteurs, au Canada, est Jeff Wall. Privilégiant un vocabulaire esthétique et formel d’une grande richesse qui emprunte tantôt à l’histoire de l’art, tantôt à la littérature et tantôt aux cultures de diverses nations et civilisations, Nicholas et Sheila Pye ont réalisé des photographies et des installations vidéo fascinantes qui se veulent à la fois familières et étranges, évocatrices et mystérieuses. Plusieurs images plongent ainsi le regardeur dans un univers imaginaire envoûtant et théâtral inspiré de l’ère victorienne, des natures mortes moralisatrices – communément appelées « vanités » ou « vanitas » – en vogue durant les 16e et 17e siècles en Europe du Nord, et autres memento mori. D’autres suggèrent des références plus nébuleuses et d’autant plus engageantes, dont la photographie Porphyria, qui renvoie à la macabre et poétique nouvelle Porphyria’s Lover (Robert Browning, 1836), dans laquelle un homme étrangle son amante avec sa propre chevelure dans un moment de passion absolue; ou encore Black Swan, qui rappelle étrangement The Picture of Dorian Gray (Oscar Wilde, 1891).