David Hall & Harlan Johnson: After Landscape

Ce projet d’exposition conjoint des artistes montréalais Harlan Johnson et David Hall présente les visions personnelles et complémentaires qu’entretiennent l’un et l’autre envers l’industrie et la place que cette dernière occupe dans le paysage moderne. Leurs acryliques et huiles sur toile dépeignent des paysages empreints de contrastes qui remettent en question l’état actuel de la société humaine dans ses rapports avec l’industrie pétrolière et autres systèmes industriels. Les horizons qu’ils peignent sont affectés, profondément transformés par l’action des nouvelles technologies et par l’exploitation des ressources naturelles.

Lorsqu’analysés et étudiés selon la perspective de l’historien social ou de l’historien de l’art, leurs tableaux soulèvent nombre de questionnements et renversent les idées reçues. Ils font ainsi allusion à la longue tradition du paysage en peinture et à la forte tendance à l’idéalisation de la nature qui y est associée, d’une part, pour mieux la subvertir, et confrontent le regardeur à la réalité actuelle sur les plans de l’environnement, de l’art et de l’industrie, d’autre part.

Empruntant au vocabulaire du Colour Field Painting, les œuvres de Harlan Johnson consistent en des représentations iconiques d’incendies et d’explosions de plates-formes pétrolières situées au large des côtes. Fixant l’instant fatidique sur la toile, l’artiste dénonce l’impact négatif de la technologie sur la nature.

Choisissant pour sa part une stratégie un peu moins directe mais tout aussi efficace, David Hall produit des vues panoramiques de paysages urbains dans lesquelles se confrontent passé, présent et futur. De ces paysages reconfigurés étrangement familiers – où se côtoient parcelles de terrain remises à nu et infrastructures issues de différentes époques – émanent les concepts contradictoires de progrès et de déclin, de pouvoir et d’impuissance.

Le point de vue qu’adoptent les deux artistes dans leurs œuvres est particulièrement singulier et pourrait être qualifié de « privilégié », dans la mesure où le passant ou l’observateur ordinaire n’aurait normalement pas l’opportunité de visionner le paysage selon un tel angle. Ainsi, alors que chez Johnson, le regardeur se situe au niveau de la mer, bien au-delà des côtes et près du sujet, il se retrouve anormalement élevé et distant chez Hall, qui opte plutôt pour une perspective à vol d’oiseau. Par ces procédés distincts mais complémentaires, Harlan Johnson et David Hall questionnent à la fois le futur de l’industrie et la notion-même de progrès dans le contexte actuel.