Hédy Gobaa

Du 16 juillet au 28 août 2016
Vernissage : Le samedi 16 juillet de 15h00 à 17h00

Texte de l’artiste

Au départ, mon travail était tourné vers l’hyperréalisme. Cela a été transgressé progressivement, à mesure que j’y ai injecté les influences les plus diverses, parfois les plus contradictoires – l’abstraction américaine des années 50 et 60, David, Bacon et Freud, l’école de Leipzig, etc. Aussi, comme beaucoup de peintres aujourd’hui, je travaille d’après photographie. Je plante l’action dans un monde que nous connaissons et partageons tous.

Je me sers tout d’abord d’un logiciel pour effectuer un premier travail de manipulation sur l’image. Je prends la photographie d’une chose ou d’une personne dans une certaine situation pour l’immerger dans un environnement chromatique numérique, en découper ou moduler les formes, etc. Plusieurs possibilités sont obtenues qui sont en fait plusieurs versions/modulations de la même image source. Parfois toutes les déclinaisons forment un ensemble et sont peintes sur toiles, ce qui donne un polyptique. Parfois, une seule version est nécessaire.
Cette versatilité formelle du sujet semble possible car une photographie numérique désincarne, dématérialise et fragmente son objet. De plus, il y a en elle une sorte de profondeur par l’appareillage mathématique qui la sous-tend. Ainsi, les formes « virtualisées » de la photographie numérique ont une densité étrange. En elle coexistent le visible et un espace virtuel abstrait. Ils y sont complémentaires, s’entrelacent sans s’opposer. C’est cela que la peinture incarne. Non pas un visage, une fleur (en somme, le sujet des photos), mais des êtres déréalisés, aplanis, fragmentés par la standardisation numérique.

Comment repeindre le réel dissout, comment réincarner un monde inexistant, seulement simulé? Lorsque le modèle de la peinture est une chose virtuelle et que cela est patent, alors tout entière, elle bascule dans le virtuel. Celui-ci y fait corps avec la sensibilité du peintre. C’est, me semble-t-il, ce qu’essaye de dire ma peinture. Tout y est alors happé par la logique numérique. Le sujet même de la peinture, le geste, la matérialité des objets représentés, tout ce que charrie la chose picturale bascule dans le virtuel. Seule la matérialité des couleurs demeure un fait tangible. On ne sait plus qui est l’auteur des peintures, ni quel est leur sujet réel. Enfin, ce qui détermine notre rapport au numérique, c’est la question du réel que nous lui posons et imposons : dans quelle mesure peut-il, malgré ses structures hardware, les softwares et les dimensions dans lesquelles il nous traîne, continuer d’entretenir des liens avec le monde réel et le monde vivant ?

Mon travail cherche par la peinture l’anthropomorphe dans le numérique. Je mêle le corps humain à la profondeur immatérielle des surfaces virtuelles. Les personnages s’échappent d’une manière ou d’une autre, ne peuvent apparaître que simulé, ou par moitié, toujours inscrit dans le moment d’une différence.
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