François Raymond : Paysage financier

Du 17 janvier au 28 février 2015
Vernissage : Le samedi 17 janvier de 15h00 à 17h00
François Raymond : Paysage financier

Texte de Max-Antoine Guérin

François Raymond chatouille l’économie du signe par le biais d’œuvres colorées, ludiques et insolentes. Et c’est loin d’être un hasard si depuis plusieurs années son approche matérielle exploite les possibilités physiques et symboliques des matières plastiques. Ce qu’il touche à travers ces objets, c’est la plasticité du signe ordinaire.

Ce qu’il travaille, c’est aussi d’une certaine façon, notre relation aux objets, non pas l’opposition entre valeur d’usage ou d’échange, mais plutôt leur capital symbolique. Un peu à la manière de Baudrillard qui rejetait l’idéalisme de la pure valeur d’usage dans Critique de l’économie politique du signe, la ramenant au champ de la communication et affirmant même que celle-ci ne serait qu’une relation sociale et fétichisée, subordonnée à sa valeur-signe. Ce qui circule dans le travail de Raymond, c’est avant tout des symboles.

Une ligne de force par ailleurs identifiable dans la production de François Raymond, est une certaine critique des évidences, du moins un souci de leur défigement. On ne peut pas dire que les évidences soient une catégorie de signes, rien dans leur structure ne les y prédispose. Il faut plutôt y voir un certain type de relation avec ces signes ordinaires, qui sont tellement près de nous que nous ne parvenons plus à les questionner. C’est pour cette raison qu’ils sont dangereux.

L’économie est aujourd’hui un exemple par excellence. Elle est monolithique, à la frontière de la science, du discours et du quotidien, son objet est partout. Du point de vue conceptuel, de puissants réseaux métaphoriques ont aussi participé à la naturaliser, à l’essentialiser. Le marché est un écosystème, le marché est météorologique, le marché est intelligent. Les acteurs sont des agents, ils sont des abeilles, etc.

Dans le cadre de cette exposition, les objets proposés se veulent interactifs. Mais leur interactivité ne se situe pas au niveau d’une interface technologique ou autre. Que ce soit dans le cas d’une œuvre faite avec des devises canadiennes ou des billets de loterie non-grattés, une tension permanente est instituée avec le spectateur, une tension qui va parfois jusqu’à menacer le devenir de l’œuvre. Et c’est sciemment que l’artiste éparpille ses œuvres dans toutes sortes de devenirs, comme lors d’une récente résidence où ses œuvres ont été pillées. Le jeu l’emporte sur l’objet. Si l’acquéreur brise l’œuvre pour se saisir de l’argent ou des billets de loterie qu’elle contient, un nouveau jeu aura été institué, une action aura été posée.

C’est entre autres ce que vous pourrez voir dans cette exposition. Une série d’œuvres écartelées entre les conventions muséales et la frénésie d’une salle de bingo, des objets qui agissent comme des métaphores, comme des coups de poing sémantiques, comme des figures de déplacement.