Transparency Report

Vernissage : Le jeudi 13 mars de 17h00 à 20h00
Du 8 mars au 26 avril 2014

Texte de Marie-Hélène Constant

Avec l’exposition Transparency Report, David Spriggs poursuit sa réflexion sur le pouvoir et ses stratégies, en remettant en doute le mythe de la transparence de nos sociétés contemporaines. Interrogeant le seuil entre le visible et le caché, Spriggs travaille, comme à son habitude, la métaphore et le matériau du thème central de son exposition. Littéralement, le titre renvoie à des procédés légaux selon lesquels une compagnie doit divulguer certaines informations relatives à ses activités. Il va sans dire que l’œuvre dépasse largement la simple signification littérale, mais c’est cet imaginaire de lois qui l’inscrit dans un ensemble de considérations politiques. Utilisant une série de pièces de verre montrant divers sacs de voyage représentés à la façon de l’imagerie aux rayons X, l’exposition met en scène une suite d’objets mis à nu. Les couleurs employées rappellent celles des scans de sécurité dans les aéroports, investissant par le fait même la valeur répressive d’un spectre de couleurs. L’exposition utilise des images de bagages aux éléments culturellement chargés de sens : ce qui est caché, ce que l’on transporte, exposé ainsi, offre l’illusion de donner à lire des informations sur soi, de donner un accès direct à son identité.

L’artiste visuel avait présenté, en 2012 à la galerie Art Mûr, 4 Color Separation, une suite de vitrines isolant tour à tour une couleur de la suite CMYK (utilisée notamment dans l’impression de fichiers numériques). S’il était alors question de spatialiser la couleur et de jouer sur sa perception de façon très conceptuelle, Transparency Report investit le domaine de la vision autrement. En créant chaque pièce d’une superposition d’une dizaine de feuilles de verre sur lesquelles sont peintes les images des sacs de voyage par couches de peinture semi-transparente, David Spriggs construit des tableaux à la texture de vitraux. Le procédé vient également rappeler celui d’installations passées (Stratachrome notamment) où une succession de couches d’acétate donnait une forme tridimensionnelle aux personnages et aux objets que Spriggs créait avec de la peinture pulvérisée. Les couches successives donnaient aux installations massives de l’artiste une impression de profondeur qui se modifiait en fonction de l’endroit d’où le visiteur se tenait. Si le procédé est plus minimaliste dans la présente exposition, l’observateur est néanmoins enjoint à se questionner sur la signification des images qui lui sont présentées. Bien qu’elles soient bidimensionnelles, ces natures mortes contemporaines ne se donnent pas entières : elles sont composites et composées, elles n’offrent à voir seulement que partiellement.