The Paradox of Power

Du 26 avril au 26 mai 2007

À ses débuts, David Spriggs travaillait principalement sur la déconstruction et la reconstruction de la matière. Une oeuvre de 2003, Still Life , nous présente l’intérieur de deux mallettes de voyages. Semblable à une image de valises observées à travers une machine à rayon X à l’aéroport, cette oeuvre nous montre le contenu des valises. Chaque objet est illustré au moyen d’un tracé bidimensionnel. La superposition de plusieurs de ces tracés crée un objet tridimensionnel qui mélange opacité et transparence. Les différentes strates des valises sont déconstruites pour former un tout des plus ingénieux, qui épate par ses prouesses cartésiennes.

Simultanément, l’artiste utilisait le même procédé pour reconstruire tout en camouflant les parties contingentes de ses oeuvres. Incorporeal Movement (2004) et Perceptible Consciousness (2001) sont également des accumulations tridimensionnelles, mais les couches individuelles ne sont plus discernables. Les tracés font place à des formes amorphes dont les densités semblent s’entremêler. Spriggs reconstruit la matière tout en lui donnant une qualité incorporelle : des nuages immatériels se matérialisent dans l’espace vide de ses boîtes.

L’oeuvre qu’il nous présente aujourd’hui combine ces deux approches. The Paradox of Power (2007) déconstruit le mouvement du taureau, à la façon des études photographiques sur le mouvement d’Eadward Muybridge et d’Étienne Jules Marey, au dix-neuvième-siècle. Projetées en séquences plutôt que superposées, les couches de cette oeuvre recréeraient une fraction du mouvement du taureau. Superposées, elles donnent naissance aux volumes de la bête, tout en la transformant en un cousin éloigné de Shiva. Dans le cas de la déesse Hindou, la multiplication de bras représentait ses capacités surhumaines. Alors que chez Spriggs, la multiplication des pattes semble amoindrir les capacités de l’animal. Cette faiblesse perçue est accentuée par la position inversée de l’animal et la division de son corps en deux moitiés monochromes. Le rouge et le bleu se rejoignent, mais ne semblent pas former un tout. Cette juxtaposition du chaud et du froid rend l’animal encore plus instable. Ces deux couleurs primaires se combattent pour former un tout tridimensionnel qui n’existe que dans les yeux de l’observateur. L’allusion aux contradictions du pouvoir contenue dans le titre de l’oeuvre évoque aussi cette instabilité. Des idées de pouvoir politique, économique et sexuelle nous viennent tout de suite à l’esprit. Le taureau est habituellement vu comme un animal fort et puissant ; tout l’inverse de ce que Spriggs nous présente ici. Pouvoir renversé ou désillusions de l’artiste quant aux rapports de force dans la société occidentale ?