Le monde est un zombie

Avec Le monde est un zombie, Simon Bilodeau nous propose une réflexion sur le transport et la mobilité, interrogeant les différents contextes sociaux et culturels où s’insèrent les corps, les matériaux et les objets de l’art. L’imposant conteneur industriel présenté dans l’exposition crée une mise en scène incongrue par l’entremêlement du réel et de la fiction, de l’esthétique et de l’utilitaire, de l’oeuvre d’art, de la marchandise et du déchet. Entouré de tableaux peints en camaïeu de gris, cet objet étend sa portée symbolique au-delà des références évidentes à l’histoire de l’industrialisation et au phénomène de la consommation. Il place le spectateur dans une position précaire, pris dans un jeu de balancier entre passé et futur, ordre et chaos, émerveillement et désillusion, imaginaire personnel et pratiques collectives.

Le travail de Bilodeau consiste à déployer diverses stratégies afin de remettre en question les frontières qui séparent le monde de l’art du domaine économique à l’ère du capitalisme et de la culture de masse. Opérant à l’intérieur du registre symbolique comme sur la sphère matérielle, le créateur nous livre une image cinglante du monde présent et de ses paradoxes. Ainsi, il cherche à révéler l’énorme simulation qui structure notre existence, laquelle est à ses yeux une source insidieuse de contrôle et de violence. La dimension critique de cette démarche s’exprime d’emblée dans le titre de l’exposition : « le monde est un zombie » renvoie à quelque chose de mort, mais qui subsiste ou qui revient de manière inquiétante. Il traduit le besoin des sociétés postindustrielles de continuer à croire à des idéologies fausses ou obsolètes, préférant l’irréel à la vérité, comme si celle-ci était devenue trop dangereuse. Dans sa réflexion sur les machinations politiques actuelles, Bilodeau conçoit donc le fantôme de l’époque industrielle comme le miroir de nos illusions passées et la copie d’un monde dans
lequel nous sommes engourdis.

Le projet d’envergure exposé à la Maison des arts de Laval marque une étape charnière dans la pratique de l’artiste. Il constitue à la fois une synthèse de ses explorations sculpturales et picturales des dernières années et l’élaboration de nouveaux enjeux thématiques et plastiques. Sur un mode « scénographique » qui caractérise le travail de Simon Bilodeau, l’installation présente un intrigant mélange de lucidité et d’absurdité qui nous confronte à une réalité fuyante – la nôtre –, laquelle ne peut, semble-t-il, être approchée qu’en tant que
fantasmagorie.