La mélancolie à l’infini : Autant en emporte le vent.

Du 18 janvier au 3 mars 2018
Vernissage: le jeudi 18 janvier de 17 h à 20 h
Simon Bilodeau : La mélancolie à l’infini : Autant en emporte le vent
Art Mûr Berlin

Calme, puissance et sensorialité
Texte de Dr. Tina Simon
Traduit par Suzanne Viot

L’exposition La mélancolie à l’infini : Autant en emporte le vent présente des tableaux, objets et sculptures installés de manière à créer une expérience globale unique. Tout en monochromes noirs-blanc-gris, ils nous parlent du monde.  La contemplation de ces œuvres provoque une conscience sublime du cycle perpétuel du déclin et du renouveau, des transitions et des métamorphoses.

Il règne un certain silence autour des œuvres et dans la salle. Jugements et arguments en sont absents. L’artiste ne s’engage dans aucun discours et il évite les multiples références possibles au jargon pédant du Zeitgeist, ses recours à l’art contemporain ou à l’histoire concrète. Il se concentre sur la puissance fondamentale, objective, qu’il convoque dans ses installations, et qu’il façonne en une esthétique martiale ou sensorielle ; depuis la pénétration légère d’un rayon de lumière jusqu’à l’évocation d’une destruction violente.

Cette puissance absolue, indirectement dépeinte, est l’essence de la transformation perpétuelle du monde. Elle constitue la part abstraite des œuvres et les relie thématiquement.

Chez Bilodeau, la géographie, l’industrie, l’architecture et les objets d’art interviennent sur un même plan, dans la mesure où ils témoignent de phénomènes élémentaires tels les vibrations, la stabilité, l’équilibre, la pression, l’érosion, le modelage, et la déformation. Aussi la création de ses œuvres n’est pas laissée au hasard des expérimentations, mais bien exactement calculée dans le choix et la présentation, elle-même soumise à la production d’un effet fortement esthétique.

Ainsi Bilodeau laisse entendre de manière convaincante que le pathos et l’horreur, l’appréciation de la beauté, la sensibilité ou la stupeur, l’admiration ou la dévastation, n’existent que dans le regard du sujet. Les objets eux-mêmes – sans la perspective humaine et sa subjectivité – sont innocents.
Sous l’éclairage scénique des projecteurs, la reconstruction de dispositifs architecturaux brisés, de vestiges ou de collections de débris, ressemble aux arrêts sur images tirés de l’alternance incessante entre création et décomposition. Un torse sculpté dans la pierre, une structure en bois démantelée, de petits polyèdres en miroir, se déversant dans la pièce comme des cristaux de neige surdimensionnés, un buste au visage couvert d’un voile, tel le mobilier abandonné d’un appartement délaissé, pétrifié pour l’éternité – tout cela est offert à une contemplation sans préjugé.

Dans les peintures, on peut reconnaître des détails de vues aériennes ; des paysages vides, des perspectives et des structures impossibles à identifier, sur lesquelles la lumière se reflète. On ne peut ni les localiser, ni définir si elles ont une taille microscopique ou des dimensions cosmiques. L’être humain est absent des œuvres, temporairement ou définitivement éradiqué. Bilodeau parvient à exprimer, sans jugement, sans appel et sans prophétie, la beauté froide et envoutante des ambiances apocalyptiques, quand tout s’apaise et que plus rien n’a d’importance.

L’exposition présente des œuvres d’art. Mais l’artiste nous offre surtout une vision à la fois réduite et extrêmement vaste, qui révèle sans affect une atmosphère tendant au sublime.