De l’avant comme avant : la suite

Du 4 mars au 29 avril 2017
Vernissage : Le samedi 4 mars de 15 h à 17 h
Simon Bilodeau
Art Mûr, Montréal (QC)

Texte d’Amélie Rondeau

Simon Bilodeau est un artiste montréalais qui s’affranchit de la planéité des images peintes afin de les doter d’un droit à occuper l’espace. Il parvient ainsi à souligner la qualité matérielle et tangible de la peinture qui est généralement perçue comme une œuvre bidimensionnelle. Par des environnements construits, il met en scène sa peinture en tension avec des éléments sculpturaux. Dans cette réflexion, il en vient à s’interroger sur la qualité d’usage d’une œuvre d’art, soit son inutilité en tant qu’objet.

Pour cette exposition De l’avant comme avant : la suite, Bilodeau réalise le défi de réinterpréter les œuvres d’art qui ont marqué son répertoire le plus récent et de les juxtaposer à une toute nouvelle production. Il parvient ainsi à outrepasser la simple rétrospective et exploration formelle. C’est-à-dire que par l’altération, la restructuration et la destruction de ses œuvres antérieures et de la réflexion qui a soutenu ses projets d’expositions, il en résulte une toute nouvelle proposition. Pour ce faire, il s’attarde à revisiter Empire, vous avez dit empire?, Le pouvoir du blanc, lespoir de la richesse, The story has no ending et De lavant comme avant, dont ce dernier fait directement référence au titre de la présente exposition tout en soulignant une forme de continuité.

Sa démarche est empreinte d’une tension évidente entre l’acte destructeur et le processus créateur. En effet, Bilodeau fait l’exercice de réutiliser des œuvres précédentes qu’il altère afin de les réinstaller dans un tout nouveau contexte par un travail d’amalgame et de recomposition. Il explore ainsi une facette quelque peu méconnue du grand public, soit le dilemme pour l’artiste de conserver sa production à la suite d’une exposition, de l’entreposer, de s’en débarrasser, d’en récupérer des bribes ou même de la détruire tout simplement.

Dans sa signature esthétique épurée, il présente un ensemble de monochromes blancs et noirs. Le contraste de textures entre le plâtre et le métal ajoute une austérité qui rappelle la décadence et le romantisme associés aux ruines. C’est avec un certain cynisme que Bilodeau cherche à subjuguer le public dans ses œuvres, voire à ce qu’il s’émerveille de l’esthétique soignée, afin de mieux pouvoir détourner son attention et lui présenter un désenchantement paradoxal. Il présente avec un regard critique et lucide les artefacts d’une archéologie contemporaine découlant des sociétés dictées par le capitalisme. Bilodeau met ainsi en valeur l’artifice, la cupidité et la superficialité qui caractérisent entre autres la consommation de masse. Sans chercher à offrir une solution dogmatique, il présente plutôt avec un pessimisme et une désillusion ces reliques qui pourraient être le fruit d’un vague songe prémonitoire annonçant cette éminente décadence.