Ce que l’on ne voit pas qui nous touche

Du 1 er novembre au 20 décembre 2014
Vernissage : Le samedi 1er novembre de 15h00 à 17h00
Simon Bilodeau : Ce que l’on ne voit pas qui nous touche

Texte de Catherine Barnabé

La pratique de Simon Bilodeau peut se définir à la fois comme un travail pictural et formel minimaliste : il n’emploie que du noir et du blanc, les compositions sont structurées en grande partie par des géométries et la peinture prend littéralement forme. Tout comme une proposition engagée : les thèmes en fond de trame touchent souvent des enjeux sociaux ou environnementaux. Les œuvres, par leur mise en espace, deviennent une installation qui s’inscrit dans le lieu de l’exposition engageant autant le visiteur que l’artiste. Elles incarnent donc ce travail sur la forme, sur la picturalité. Les couleurs sont exclues, par crainte, entre autres, de tomber dans le piège de leur attrait et de leur signifiance. Les formes sont réduites à leurs géométries, jouant sur leurs propres compositions. La peinture, qui demeure l’essence de sa pratique, s’incarne dans l’espace jusqu’à devenir sculpture ou comme il le dit lui-même : « jusqu’à ce que la peinture devienne pratiquement d’apparences secondaires ». Il ne faut cependant pas penser qu’elle devient moins importante, mais plutôt que cette approche des dimensions et de l’espace dans lequel vit la peinture permet de la matérialiser, de créer ces installations qui participent justement à transcender l’esthétique minimaliste.

Pour cette exposition, Bilodeau génère un espace où se côtoient plusieurs éléments, que l’on pourrait croire autonomes car appartenant à plusieurs médiums, mais qui constituent une seule proposition. Des dessins représentent des lieux anonymes, mais non moins signifiants car vestiges ou dispositifs de guerres comme d’idéologies politiques. Ceux-ci semblent persister dans des espaces irréels, dépourvus de tout environnement. Ces ruines sont des bâtiments existants, mais choisis aléatoirement afin de proposer une architecture de la catastrophe tombée dans l’oubli. Bilodeau les présente sous des vitres teintées ce qui en brouille la vision, tel un filtre qui protège et dissimule à la fois. De grands tableaux noirs évoquent un paysage : seuls une ligne d’horizon et le format nous indiquent le référent. Leur texture poussiéreuse s’apparente à celle qui se trouverait sur ces ruines. Des plateformes au sol sont comme des vues aériennes d’espaces imaginés, de parcours inaccessibles. Des socles sont à la fois des structures portantes et des sculptures en elles-mêmes. L’amoncellement, la destruction et la superposition permettent de transposer cette idée de la ruine. Chaque œuvre peut vivre par elle-même, mais est d’autant plus conséquente lorsqu’elle est mise en scène dans l’espace d’exposition. Ensemble, elles érigent une composition picturale, concrétisant cette alliance entre un travail certainement esthétique et cette préoccupation pour des sujets plus graves et désolants.