Behind Elegantly Carved Wooden Doors

Du 4 novembre au 23 décembre 2017
Vernissage : Le jeudi 9 novembre de 17 h à 20 h
Nicholas Crombach : Behind Elegantly Carved Wooden Doors
Art Mûr, Montréal (QC)

Texte de Jean-Michel Quirion

Dans Behind Elegantly Carved Wooden Doors, Nicholas Crombach ausculte l’obsession de la civilisation pour sa suprématie ainsi que son intrusion oppressive et excessive dans l’univers animal à travers une série d’inédites propositions sculpturales.

Oscillant entre le réel et l’irréel à travers une esthétique hyperréaliste, l’artiste présente son plus récent corpus. Sa démarche résulte d’une tension, une ambivalence entre appropriation, manipulation et itération de la réalité qu’il transpose ensuite dans des mises en scène bucoliques évoquant la subjugation animale. Les techniques utilisées dans ses sculptures sont illusionnistes, la résine peinte imitant autant la forme que la texture des corps, reproduits grandeur nature pour la plupart. Quelques-uns des mammifères altérés, hybridés ou encore bigarrés sont imbriqués à des dispositifs de présentation sobres aux matériaux naturels qui contrastent avec l’aspect très élaboré de ceux-ci.

Lors de sa plus récente résidence à The Florence Trust à Londres, Crombach fut influencé par la culture ancestrale et les coutumes rurales anglaises et s’y réfère dans plusieurs œuvres. En effet, l’exposition suggère un cadre domestique qui s’appréhende tel l’intérieur d’un fastueux manoir britannique. Une narration historique et quasi onirique se trame, et ce d’une œuvre à l’autre.

Avec de l’argile, Nicholas Crombach façonne sur papier des reproductions picturales traditionnelles de séquences de chasse à courre. À même le sol, un cheval à bascule inerte s’effondre sur ses rails — probablement harassé. L’artiste configure des imitations de carcasses en trophées de chasse factices réalisées en résine ou en téguments de polyuréthane. D’opulentes fioritures symétriques sont surchargées de menus détails aux motifs décoratifs et de faux lièvres, de canards ainsi que d’oiseaux morbides. La sculpture d’un chien de chasse aux aguets les accompagne. Parallèlement, des perruches colorées de teintes pastel forment des ornements variés et des sarcelles démantelées sont réassemblées en bêtes inquiétantes. Une fourrure synthétique d’ours tapissée de volutes florales est disposée à proximité d’un vase vide, référence aux Vanitas — ces représentations allégoriques de la mort. Symbole de triomphe, un cerf scindé est reconstitué en un fauteuil monarchique. De part et d’autre, des figurines humaines en interaction avec de minimes bestioles naturalisées ou des leurres de chasse révèlent d’effarantes séquences d’une absurdité à la fois ambivalente et intrigante.

Behind Elegantly Carved Wooden Doors de Nicholas Crombach propose une réflexion sur la domination outrancière de la faune par l’Homme. Plus qu’une recherche esthétique, l’exposition soulève des questions éthiques et atteste que la culture de consommation actuelle n’est que la perpétuation d’anciennes traditions de subordination de l’humanité envers l’animal. En introduisant des anachronismes dans des motifs appartenant au registre du tableau de chasse, Crombach nous invite à interroger nos modes de vie, à la lumière d’un patrimoine iconographique qui n’est pas exempt de cruauté.