Meditations on Black Lake

Du 3 mars au 21 avril 2012

Des inflexions méditatives
Texte de Karl-Gilbert Murray

Réunissant des figures imprimées, dupliquant des formes circulaires perlées à la main, l’exposition Meditations on Black Lake présente une série de giclées qui, ayant subi des agrandissements numériques sur papier d’une blancheur maculée, magnifie leur échelle et circonscrit leur position centrale au sein des compositions visuelles.

Au cœur des préoccupations de l’œuvre se situe la forme du cercle comme constituante fondamentale d’expression picturale. Appliquée sur le mur, elle délaisse, momentanément, son aspect sculptural qu’elle module en un amas de perles réfléchissantes assemblées de manière à créer des « rosaces » de verre : mosaïques, figurant des vitreries à motifs répétés. Équilibrée, elle donne accès à des seuils invisibles : des lieux mythiques, denses – emplis de profondeur. Renfermant sur elle-même la transparence des choses, elle élabore des relations « mystérieuses » voire « sacrées » qui réfèrent à des mandalas ou des hausse-cols de wampum, permissifs à toutes formes d’inflexions contemplatives et méditatives.

En cela, l’ensemble des figures circonscrit-il un « espace » pictural possédant ses propres caractéristiques formelles et propriétés visuelles qui, engendrant des illusions d’optique, instaurent un interstice temporel permettant d’accéder à un monde spirituel configuré comme autant de métaphores célestes. Les accents de bleus et de noirs, créant une analogie aux ténèbres de la nuit, contribuent, quant à eux, à cette impression d’agrégats constellaires rappelant l’infinitude de ciels étoilés. Composés de tonalités dissonantes, ils vibrent au rythme des éclats lumineux – pénétrants de manière à exemplifier leur faire valoir de forme en relief.

C’en est alors de la gradation des perles de verre qui amplifie les effets de réverbération et cristallise les formes sur des fonds impénétrables. Fortement modulée de contrastes, de transparence et d’opacité, elle anime les « miroitements lumineux » métissés de nuances nocturnes. Quasi atonale et dénuée de motifs figuratifs, elle récuse toutes références au monde diurne : les variations chromatiques, la profondeur des surfaces tout comme elle aplanit les textures. Autrement, métaphore de la lumière associée à la connaissance, à la sagesse et à la clairvoyance, elle confère une fonction esthétique et narrative, de même qu’une dialectique à ses formes disparates, mais combien ressemblantes qui évoquent des liens symboliques avec un monde surnaturel.

Bref, les croisements de lueurs et les variations d’intensité lumineuse sollicitent la rétine, la réclament, l’obligent même. La manipulation des perspectives, en simultané, crée des arrangements visuels complexes profitables à la construction mentale de surfaces composées de tensions entre la vraisemblance et l’effacement du geste créateur. Un geste qui dans ce cas-ci prend acte d’une tradition et préserve un savoir-faire ancestral : l’art du perlage, inscrit dans la contemporanéité. Il y a donc un rapprochement à faire entre une conscience historique et mythique, l’avenir et le passé, le moderne et le traditionnel, le centre et la périphérie. De même, qu’une perpétuation d’une cosmologie amérindienne qui, édifiant de nouvelles configurations hybridées de formes tant artisanales qu’artistiques, incite à la méditation.