what’s in a name?

Texte de Nathalie Guimond

Un nom doit-il toujours signifier quelque chose ? – Lewis Carroll

Jusqu’à quel point sommes-nous mystérieusement téléguidés par nos prénoms? Puisqu’il est le support de l’identité, de quelle manière ce dernier change-t-il le regard qui est posé sur nous? Comment nous construit-il? De quoi est réellement composé un nom?

Pour investiguer le sujet, Lois Andison met ici en scène trois femmes différentes, jouées par une même actrice, dans une trilogie vidéo intitulée what’s in a name. Chacune se déplace sur une bicyclette (différente) en transportant un panier (différent) de fleurs qui portent son nom: des lys tigrés pour Lily, des roses pour Rose, des gloires du matin pour Glory. La caméra les suit, une à une, alors qu’elles se déplacent dans ce qui semble vraisemblablement être un quartier résidentiel. Chacune est à son tour interpellée par des passants, qui l’abordent de manière distincte en lui lançant des commentaires, moqueries, insinuations sexuelles et boutades plus ou moins innocentes.

Andison utilise en fait le support du jeu de mots pour mettre en lumière le regard masculin posé sur la féminité. Chacune de ces femmes est stéréotypée – donc facilement objectivable. Vulnérables, séduisantes ou ironiques, elles sont des personnifications féminines-florales qui parodient, en quelque sorte, nos idéaux de séduction en soulignant les projections insidieuses d’une société qui accorde une grande importance à l’image. Œuvre sur l’identité féminine, donc, mais aussi sur la part inconsciente du langage et sur cette charge affective que transporte chacun de nos prénoms.

La première vidéo nous présente Lily, la plus sérieuse des trois personnages, la plus introvertie et celle qui est le plus sur ses gardes. La deuxième vidéo nous présente Rose, la plus ouverte; elle paraît heureuse. Elle flirte, rigole, et invite les passants à interagir avec elle. Glory, dans la troisième vidéo, semble naïve et fragile; elle utilise des insinuations littéraires et se fait un peu énigmatique.

Cette œuvre est en fait la seconde d’une série d’études performatives sur le mouvement. La première, the floor’s the limit, 2009, était une installation spécifique au site qui mettait en scène trois patineurs sur roulettes en train de “cartographier” les différentes strates historiques de la Galerie Olga Korper (Toronto).

Utilisant le mouvement réel ou scénographié pour initier un échange avec le regardeur, l’artiste explore donc de manière poétique les préoccupations sociales et technologiques à travers la construction d’installations le plus souvent hybrides. Elle travaille principalement l’art cinétique, et sa pratique est traversée par l’observation de cette zone précise où se frôlent la technologie, la nature, le corps et les mécanismes plus ou moins conscients régis par notre vie en collectivité. Lois Andison vit et travaille à Toronto.