Fracture

Du 7 mars au 25 avril 2015
Vernissage : Le samedi 7 mars de 15h00 à 17h00
Jannick Deslauriers : Fracture

Texte de Céline Escouteloup

L’œuvre de Jannick Deslauriers est une ode à la fragile vie. Avec Fractures, ses objets de textile prennent corps, aussi bien en deux dimensions qu’en trois dimensions, et se déploient dans les airs, occupant l’espace dans toute sa verticalité. Ils se gorgent parfois d’un rouge explosif (Pavots, 2008-2009). Ils s’enrichissent de motifs et d’ornements fleuris, méticuleusement brodés. Dentelles, crinoline célèbrent sensualité et féminité des matières précieuses. Les textiles nous rappellent aux corps : fibres organiques, enveloppes des chairs, lieux de suggestion et de désir. Fauteuil, brique, tricycle, sécheuse, cafetière, télévision, lustre : c’est ici tout un attirail d’objets familiers issus de notre quotidien qui se déverse, depuis la façade d’une petite maison, en une coulée de lave au cœur de la galerie. Quoi de plus incarné, de plus concret, enfin de plus habité, que cette convocation immédiate de notre vie intime ? Quelle installation plus installée que celle-ci ?

Seulement voilà. Les fils dépassent, et les objets sont prêts à se défaire. Leur transparence les fait déjà disparaître. Souvent, la vraie couleur leur est refusée et ils doivent s’en tenir à l’inerte noir et blanc. En suspension, ils nous font voir l’espace qu’ils remplissent et le vide tout autour. Surdimensionnés, ils sont plus que jamais présents, mais d’une inquiétante étrangeté. La petite maison, coiffée d’un nuage de fumée aussi riant que préoccupant, vomit une coulée de lave dans laquelle déborde, sans pudeur, l’intérieur sur l’extérieur. Une coulée libre et joyeuse d’expression…Ou menaçante. Dynamique…Ou figée. A chaque instant, chaque élément semble sur le point de se volatiliser ou de s’effondrer, entre absence et présence, vide et plein, mouvement et paralysie. Menace perpétuelle d’extinction : il en va ainsi du monde, de nos perceptions, mais aussi, bien sûr, de nous-mêmes.

« There is a crack in everything. That’s how the light gets in », chante Leonard Cohen. C’est dans cette contradiction que se logent poésie et sagesse de l’artiste. Car aussi préoccupée soit-elle par la représentation de la nature éphémère de chaque chose-être, Jannick Deslauriers persiste à le faire avec délicatesse, légèreté, et même humour. D’une fissure, précisément, peut jaillir la lumière. De la condamnation à la fin, la beauté de l’instant. De la noirceur, la création d’une magicienne, et d’un coup de baguette, une apparition ou une disparition. Dans ce conte enchanté, on évolue comme un enfant sur la pointe des pieds risquant de trouver sous une pierre, un bout d’enfer ou de paradis, une fée ou un monstre, une merveille aussi bien qu’une épouvante : il suffirait d’un simple glissement de perception.