Tribune

Du 11 janvier 2007 au 10 février 2007

Texte de Jérôme Delgado

La photographie fiction, c’est en plein dans cette catégorie que se situe le travail de Jakub Dolejs. Fiction, ou mise en scène, tel que le déclamait récemment une exposition du Musée des beaux-arts du Canada dans laquelle l’artiste torontois exposait deux œuvres. La photographie mise en scène. Créer l’illusion du réel, dirigée par Lori Pauli, démontrait comment, à travers l’histoire, les photographes ont toujours transmuté la réalité. Peu importe la raison, expérimentations techniques (telles celles du pionnier Hippolyte Bayard) ou critiques sociales (l’approche identitaire de Yasamusa Morimara, par exemple), il y avait dans cette sélection une invitation à assumer le côté fabriqué de l’image.

Jakub Dolejs présentait Escape to West Germany, 1972 et Caspar David Friedrich Sketching My Homeland, 1810, deux œuvres emblématiques de ce discours. Dans chacune d’elles, un seul personnage prend part à une action, sur fond de paysage peint. Si l’œil du visiteur distrait pouvait ne pas voir l’artifice, il est de toute évidence que l’artiste ne tient pas à cacher que le tout se déroule devant un tableau. Devant un décor, comme au théâtre, tel que le disait encore plus éloquemment le titre anglais de l’expo (Acting the Part : Photography as Theatre).

Le corpus préparé pour ce solo – le premier au Québec – va un peu plus loin. Déjà, les deux images que Dolejs a tout juste dévoilé ici à la galerie Art Mûr lors de l’expo Art fiction étaient moins explicites. Intitulées toutes les deux Gazebo, elles montraient un intérieur dominé par la présence de deux chaises. Les murs vitrés donnaient à voir, ou en donnaient du moins l’impression, qu’il s’agissait de lieux entourés de verdure, de résidences ( ?) huppées – idée facilitée, faut le dire, par le titre qui peut être traduit par « pavillon de jardin ».

Dans ces Gazebo (datées de 2006), le décor peint agit en véritable trompe-l’œil, astuce traditionnelle pour créer de l’illusion. Cette technique propre à la peinture, à un médium aujourd’hui accepté comme pure fiction, Jakub Dolejs se l’approprie, en photographe, pour confronter encore plus le spectateur. L’illusion est un leurre, mais est-on prêt à l’assumer? La photographie, est-on prêt à la voir, dès le premier coup d’œil, comme une fiction?

Une de ses plus récentes photos (Hdr) ramène l’évidence de la mise en scène, avec une composition où le dispositif propre au photographe de studio (les néons) apparaît au premier plan. Cette fois, Dolejs ne prétend à aucun autre réalisme que celui de la fabrication d’une image. Encore là, des questions surgissent. Le décor est-il vraiment celui que l’on croit reconnaître? Plus que jamais, l’artiste fait éclater la frontière entre réalité et image, entre photographie et peinture, entre trompe-l’œil réel (le photographié?) et trompe-l’œil assumé.