In the Headlights

Du 29 mars au 4 mai 2008

Texte de Paule Mackrous

Originaire de Prague, où il fit des études à l’Académie d’art, d’architecture et de Design, l’artiste Jakub Dolejs oeuvre aujourd’hui comme peintre, sculpteur et photographe à Toronto. Son travail explore méticuleusement la manière dont la photographie est manipulée pour construire une vérité, soulignant du même coup ses artifices et l’édifice culturel qui la sous-tend. La série In the Headlights s’inscrit dans cette pratique de l’image qui paraît se saisir elle-même. Ce sont des images qui s’ouvrent pour montrer leurs modalités de représentation : éclairages, équipements, décor, ainsi que leurs codes de fabrication tributaires d’une longue tradition picturale. Parce que l’image donne à voir sa propre mise en scène, le photographe nous échappe. Dans There are no Easy Answer ou Private Collection , l’oeil avide de formes humaines cherche à la fois le photographe et son modèle. Or, ni l’un ni l’autre n’apparaissent sur la chaise vide ou dans le miroir derrière. L’artiste, en effet, ajuste son appareil, quitte la scène et regarde le spectacle photographique. Dans l’oeuvre In the Headlights, c’est une image souveraine qui nous est présentée, mettant en scène une de ses propres conditions d’existence : la lumière. Les miroirs, omniprésents dans cette série d’oeuvres, dévoilent non seulement les mécanismes de déploiement d’une image photographique, mais ils ouvrent un autre espace : illusoire, fractionné, déformé, un plan qui se creuse à l’infini ( Dissarray, Modernist, In Return ). Experiment présente une table moderniste d’Eileen Gray suspendue dans une chambre de verre et traçant un mouvement circulaire. Enchevêtrant les stratégies de représentation récentes et anciennes, l’artiste montre le caractère illusoire qui informe les représentations artistiques depuis l’instauration du tableau occidental jusqu’à l’image en mouvement.

Qu’est-ce que photographier sinon de choisir ce qui est figuré et, par le fait même, de hiérarchiser, voire d’occulter? L’installation La nuit américaine marque la brutalité de la découpe photographique. L’artiste a reconstitué un coin de mur d’une galerie victorienne retranchée de son environnement originel. Des répliques des oeuvres de Jean-Honoré Fragonard et Jean-Siméon Chardin apposées au mur sont sectionnées par la coupe. L’artiste emprunte le titre de son oeuvre à celui du film éponyme de Truffault, référant à un filtre cinématographique utilisé afin de transformer une prise diurne en une représentation nocturne. Il exprime ainsi le leurre, mais aussi la mise hors contexte d’un objet pour le regarder sous différents angles. La jonction de murs devenant l’objet d’exposition, l’installation anéantit l’espace pictural des doublures. Celles-ci ne s’inscrivent plus en saillies sur un fond pour faire pénétrer le spectateur dans leur univers distinct. Elles deviennent plutôt des surfaces, des parties intégrantes du mur. D’entrée de jeu, celui-ci n’apparaît plus comme support, mais comme une figure sur un fond de galerie. Dolejs nous le fait voir dans toute sa matérialité de mur, tout comme les photographies affirment, à même leur espace illusoire, leurs matières premières.