vedute di venezia

Du 11 janvier 2007 au 10 février 2007

Texte de Jérôme Delgado

Portée sur le passé, imprégnée d’histoire(s), la photographie d’Ewa Monika Zebrowski capte des moments fugaces, des images nécessairement uniques. Avec elle, l’idée de l’appareil photographique comme archive de la mémoire est de mise. Ses images, présentées toujours en série, tiennent plus que ce seul discours.

Narratives, poétiques, riches en textures brumeuses et lumières expressives, les compositions de cette artiste montréalaise mélangent forme et fond de manière habile. Leur aspect documentaire prend une teneur imaginaire, indéterminée, par leurs liens avec la littérature.

Le corpus Vedute di Venezia , composé d’une quinzaine d’images et d’un livre d’artiste, ne cache pas ses sources. Le renvoi à la peinture des XVIIIe et XIXe siècles, celle des vedutistes que Venise a attiré, de Canaletto et Bellotto à Turner et Morrice, est palpable. Surtout ces derniers desquels Zebrowski se rapproche par son réalisme poétique en clair-obscur.

Ce n’est pas la première fois qu’elle se penche sur la Sérénissime. Sa série Remembering Brodsky en dressait déjà une sorte de portrait, essentiellement inspirée de l’oeuvre de Joseph Brodsky (1940-1996). La prise de vue, l’hiver, la nuit, en noir et blanc, exprimait le côté mélancolique du poète russe exilé à New York.

Cette fois, le spleen est accentué par l’évocation d’une Venise fragile, menacée par l’eau, son plus beau charme – les risques d’inondation sont de plus en plus probables. Le livre au coeur du projet est complété par un texte de Thomas K. Rabb, historien membre du groupe Save Venice Inc.

L’artiste ne livre pas pour autant un propos alarmiste, écologiste. C’est la lumière, clairsemée et ambiguë (est-ce l’aube ou le soir?), qui montre Venise à la dérive, comme dans cette photo où une pirogue et son canotier déambulent vers on ne sait trop où. L’image exprime peut-être bien plus qu’on ne le pense le regard personnel de son auteure.

Née à Londres, d’origine polonaise, montréalaise depuis longtemps, EwaZebrowski aime croire qu’on ne peut être que de passage dans un lieu, même s’il nous est cher. Elle est animée par le désir de montrer les traces des nombreux passagers.

Le passé, l’histoire… Ces vedute , dans chaque détail, tentent de saisir un instant de Venise. Comme pour la garder éternelle. Une entreprise utopique, fictive, toute personnelle, à laquelle l’artiste adhère volontiers. L’exposition s’ouvre d’ailleurs avec cette citation des Villes invisibles d’Italo Calvino :

« – Les images de la mémoire, une fois fixées par les paroles, s’effacent, constata Polo. Peut-être, Venise, ai-je peur de la perdre toute en une fois, si j’en parle. »