Eden

Texte de Geneviève Lafleur

« […] mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas, oui du jour où tu en mangeras, tu mourras, tu mourras. »

En référence au jardin paradisiaque dans lequel vivaient Adam et Ève, des arbres peints forment une forêt qui entoure les visiteurs. Bien que leur rendu soit réaliste, les teintes que leur accorde Nicolas Grenier produisent un effet virtuel. De véritables pommes, symboles du fruit de la connaissance du bien et du mal, se trouvent dans un état de décomposition avancée et sont couvertes des mêmes coloris irréels que les autres œuvres puis déposées dans la pièce. Un des tableaux laisse voir deux arbres presque identiques, abordant la thématique des manipulations génétiques et de l’influence de la technologie sur les êtres vivants.

« Voici, [l’homme] est comme l’un de nous pour connaître le bien et le mal. Maintenant, qu’il ne lance pas sa main, ne prenne aussi de l’arbre de vie, ne mange et vive en pérennité. »

Une autre pièce de l’exposition propose un étalage de spécimens humains à l’apparence dénaturée de par leur carnation artificielle et phosphorescente, leur nature asexuée et leurs anomalies parfois inquiétantes. Portraiturés sur des socles ou présentoirs, ces personnages prennent l’apparence de marchandises exposées sur un étalage, questionnant les effets de l’intégration des avancées biotechnologiques actuelles dans une société de consommation axée sur la performance et l’optimisation telle la nôtre.

La phosphorescence du pigment des pièces de Grenier cite le travail de l’artiste Eduardo Kac qui en 2000, créa par manipulations génétiques (sans visée scientifique) un lapin phosphorescent, ce qui anima plusieurs débats tant sur les biotechnologies que sur les limites de l’art. Mais encore, Grenier utilise la particularité du pigment phosphorescent afin de reproduire des couleurs virtuelles, diffusées par les écrans en tant que couleurs lumières, sur un support physique qui procède par le système de couleurs matières.
Il procède en manipulant numériquement des photographies qu’il projette ensuite sur une toile afin de les reproduire en peinture. Sa touche réaliste laisse transparaître les différents traitements qu’ont subis les images dans l’univers virtuel avant d’être rematérialisées sur la toile par taches colorées. Employant une technique picturale apparentée à la sérigraphie, l’artiste applique les couleurs une par une, accumulant les couches afin de produire des effets lumineux riches et saturés.

Grenier exploite les propriétés matérielles de son spectre coloré à travers une série de tableaux abstraits (Genèse #1, #2 et 3) en référence directe aux couleurs des écrans d’ordinateurs. L’artiste confirme ainsi l’utilisation de ces teintes en tant que symboles de l’univers virtuel, d’un monde qui prend chaque jour davantage de place dans la sphère réelle…

1. La Bible, traduction par André Chouraqui, Entête (Genèse) 2,17.
2. La Bible, traduction par André Chouraqui, Entête (Genèse) 3, 22.