Le petit gâteau d’or

Texte de Nathalie Guimond

Rez-de-chaussée. Fade in. L’exposition commence par un trajet, le long de 10 sérigraphies qui amènent le spectateur à la salle suivante. Les sérigraphies nous montrent un lingot d’or, qui se fait graduellement grignoter, jusqu’à ce qu’il n’en reste que des miettes. Dessous, les mots « Valeur refuge ». Pointent-ils vers l’or ou vers l’art ? Le ton est donné. Fade out.

Dans l’obscurité de la deuxième salle, un présentoir blindé nous donne à voir une étrange pièce de joaillerie : un petit gâteau, fabriqué d’or et d’argent, serti d’une trentaine de pierres précieuses. Saphirs, diamants, émeraudes, grenats, topazes, rubis et améthystes y étincellent. Il s’agit du seul élément éclairé ; le petit gâteau, tout seul, posé sur sa plate-forme rotative, brille de tous ses feux dans sa mise en scène ostentatoirement dramatique.

Encore une fois, les œuvres sont multicouches et les pistes d’interprétation sont multivoques dans le travail de Cooke-Sasseville. Des constantes émergent pourtant : le duo aime la provocation, le paradoxe, le tape-à-l’œil et les mises en scène surréalistes. Ils élaborent des critiques sociales ludiques et inquiétantes à la fois, qui prennent forme dans des installations séduisantes, en jouant sur les frontières louches du trouble et de la lucidité cinglante.

D’abord, leur petit gâteau d’or, immangeable et rutilant dans son présentoir vitré, nous parle visiblement d’arrogance, d’absurdité, d’aveuglement et de désacralisation. Il parle de la pression exercée sur les artistes par le milieu de l’art, aussi. Ensuite, à grand renfort de détournements et de renversements, les artistes prennent un malin plaisir à ne jamais nous donner complètement les clés de lecture de leurs œuvres. Elles deviennent ainsi de fantastiques outils de projection.

Ici, puisqu’il est question d’or et d’ingestion, l’histoire du roi Midas, qui change toute chose en or, nous vient en tête. Mais le créateur, lui, ne change-t-il pas toute chose en art? Les sérigraphies présentées dans le premier espace ne prennent-elles pas la forme d’un chemin de croix, et le petit gâteau, dans le second, celle d’une relique? Cette œuvre ne serait-elle pas simplement une métaphore limpide du processus de création? Ou encore de la vie des artistes? Ils s’amusent à mêler les cartes, Cooke et Sasseville, mais pourtant, sous des abords humoristiques, cette installation met littéralement en lumière de profondes inquiétudes sur les relations qui unissent l’art, les artistes et la société. Leur installation de 2008, Si j’avais su… ne parlait-elle pas d’ailleurs d’un échec de tentative de sauvetage du monde par l’art? À moins que ce ne soit de l’échec de sauvetage de l’art par l’humanité? Allez savoir…