Patrimoine bâti

Du 9 mars au 27 avril 2013
Vernissage : Le samedi 9 mars de 15h00 à 17h00

Texte par Nicolas Rivard

À l’automne 2012, Cooke-Sasseville recevait le prix Art public au 2e gala des arts visuels pour leur œuvre Mélangez le Tout (2012), un malaxeur manuel surdimensionné. Cette fois-ci, le duo présente un trajet installatif, en galerie, dans lequel trois sculptures redonnent vie à leur travail dans l’espace urbain. Or, les rôles sont ici intervertis : des maquettes architecturales sont utilisées pour supporter des mises en scène surréalistes auxquelles divers éléments de leurs œuvres précédentes y ont été juxtaposés.

Fidèle à son humour cynique, Cooke-Sasseville use d’une tactique d’hybridation toute singulière afin de pratiquer un art critique qui « joue sur l’union et sur la tension des politiques esthétiques, […] grâce au mouvement de translation qui, depuis longtemps déjà, a traversé dans les deux sens la frontière entre le monde propre de l’art et le monde prosaïque de la marchandise ». En mettant en scène des objets tirés du réel, le duo parvient à construire littéralement des zones d’indistinctions entre les aspirations d’une époque et les mœurs qui en résultent, soumettant les œuvres à une singularité révélatrice de sens.

Ainsi, les fouets d’un malaxeur, que l’on trouve également dans Mélangez le Tout, sont intégrés à une cathédrale gothique à titre de clocher (Battre les cieux). Tout comme la sculpture monumentale, les deux fouets sont utilisés ici pour leur fonction de mixité d’éléments hétérogènes, mais l’antagonisme qu’invoque cette juxtaposition suggère plutôt un regard malicieux sur les phénomènes de laïcité de la société occidentale contemporaine et de l’industrialisation de la spiritualité.

Dans un autre temps, une autruche, qui jadis – Le Mélomane (2010) – plongeait sa tête dans un gramophone, se retrouve dorénavant la tête coincée dans un musée (Chercher refuge). Cooke-Sasseville s’appuie ici sur le mythe voulant que l’animal en question s’enfouisse la tête lorsqu’il se croit en danger. Il propose ainsi une critique virulente face au monde de l’art en y reliant le symbole de l’industrie culturelle à celui du danger perçu par l’animal, image évoquant l’espace sécuritaire que l’institution muséale représente pour plusieurs acteurs du milieu artistique. La référence au musée fait également écho à l’œuvre Le penseur en chocolat (2011) dans laquelle une sculpture ayant l’air d’être façonnée dans le chocolat et citant l’œuvre de Rodin – Le penseur (1902) – se fait dévorer par de faux rats devant une réplique miniature du musée des beaux-arts de Québec. Il s’agit là d’une stratégie métaphorique propre au duo où la citation est utilisée à des fins subversives dans le but de critiquer des phénomènes sociaux prédominants.

À la fin du parcours, un gratte-ciel incarne l’aspiration de grandeur de l’individu moderne et de son désir narcissique de s’affranchir en tant qu’individu idéalisé dans une société pluraliste (Inaugurer Babel). Le miroir au sol rappel non seulement le mythe de Narcisse, mais propose également une perspective illimitée face à l’ingénierie de l’architecture moderne et l’envie de surpassement démesuré qu’ont les architectes à repousser les limites de l’imaginable.

Le duo Cooke-Sasseville fustige ici l’histoire du monde occidental stigmatisée par ce qui l’habite.