Côte à Côte

Du 8 septembre au 3 novembre 2012

Apaisement visuel
Texte de Véronique Gagnon

La sensibilité artistique de Barbara Todd se déploie à la fois par l’exploration sensorielle de la matière et par la réflexion intellectuelle. De cette combinaison résultait, il y a quelques années, une série de courtepointes aux multiples textures présentant une imagerie militaire qui exprimait ses craintes face à la menace nucléaire de la guerre froide (Security Blanket, 1986-1992).

Aujourd’hui, l’angoisse cède la place à la sérénité, à un calme quasi méditatif qui se reflète par une iconographie issue de la nature. L’épuration des formes et le dépouillement de l’ensemble participent également à cette impression d’apaisement ressentie par le spectateur. L’artiste persiste dans l’utilisation du motif de la pierre, celle récoltée aux abords du Lac Huron. Après avoir développé ce sujet dans de multiples agencements qui traduisaient ses états d’âme quotidiens lors du Stone Diary (2005), Todd y ajoute désormais un nouvel élément organique. S’inspirant d’une impression textile produite par Stanley Cosgrove (1911-2002) , l’artiste introduit un feuillage à la ligne épurée dessiné par ce dernier, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles possibilités de composition. Par ses contours minimalistes, ce fragment botanique rejoint la simplicité formelle du galet. Ce rapprochement visuel entre deux éléments fort différents au départ s’inscrit dans l’intention de l’artiste d’évoquer la complémentarité des parties, le jumelage qui s’opère autant entre les formes qu’entre les humains qui se fréquentent longuement, comme un transfert des attributs qui s’accomplit avec le temps.

Suivant une tendance installative présente dans son travail depuis quelques années, l’artiste laissera ces motifs se côtoyer dans la galerie sous différents médiums. Malgré son intérêt constant pour le textile et la courtepointe, la transparence du papier velum s’impose et lui permet une superposition qui suggère l’image subtilement. L’évocation et la métaphore se situent d’ailleurs au cœur de sa démarche, et ce, tant par ses choix de matériaux auxquels elle accorde des pouvoirs évocateurs et sensoriels, que par son traitement sobre de l’iconographie. La courtepointe tient tout de même une place importante dans cette exposition (Standing Stone in Rolling Hills, 2009), tout comme la matière feutrée (Feltwork, 2010) qui, en proposant un espace où cohabitent des disques soustraits à leur surface initiale trouée, explicite clairement les notions de complémentarité et de jumelage mentionnées plus haut.

Les dernières créations de Barbara Todd s’insèrent dans la continuité de ses explorations plastiques et thématiques des années précédentes. Toutefois, la position féministe associée à l’utilisation de techniques traditionnelles féminines et la présence d’enjeux politiques, tel que dans les Security Blankets, s’avèrent plus discrètes dans sa récente production. L’artiste insiste dorénavant davantage sur le caractère allusif de ses œuvres que sur la représentation franche des enjeux qui la préoccupent toujours. Cette nouvelle exposition propose donc au spectateur un environnement où l’esthétique minimaliste se manifeste dans un équilibre paisible.

1. Trees with Leaves, c. 1948, créé par Stanley Cosgrove et produit par Canadart Print Company pour Henry Morgan and Company. Source: HARRIS, Jennifer, 5000 Years of Textiles, Washington D.C, Smithsonian Books, 2010, p. 260