Texte de Catherine Barnabé
Le temps. Annie Hémond-Hotte vit sur plusieurs à la fois. Elle se promène entre les époques, dans un univers recomposé. Les « mythes authentiques » construisent sa vie. Habitant pleinement son rêve, dialoguant constamment avec les époques révolues, avec les artistes qui l’ont précédée, elle se plaît à piger dans ces influences, à vivre dans un présent composé du passé. Le dandy moderne, c’est elle.
Se positionner. L’angoisse de la décision : y aller ou pas. Faire quelque chose pour vrai, mais avec une distance. L’artiste peint avec le souci du détail et de la perfection, avec une technique parfaite et maîtrisée, mais avec une attitude complètement autre, libre, violente. L’idée du geste. Calculé mais spontané, à la fois contrôlé et visible. Elle se situe entre la bad painting nord-américaine et Otto Dix, entre l’expressionnisme abstrait et Manet. Et elle y reste. Toujours dans cet entre-deux. Toujours au centre. Afin de créer des personnages un peu dérangeants, troublants. Qui pourraient presque être humains. Qui portent au doute. Ces influences se bousculent et elle s’affirme comme une peintre actuelle qui adopte une attitude romantique, voire historique en pigeant dans le passé, tellement que cela devient un mode de vie.
L’espace autour. Qui est maintenant un élément clé de la composition du personnage. Une figure dans un lieu. Une scène. Ici, l’artiste se tourne vers des figures ludiques qui seraient plus près de l’illustration. Dans ses œuvres précédentes sur un fond abstrait, les figures paraissaient en mouvement. Comme prisent sur le vif, au détour d’un geste, d’une chute. Là, l’artiste compose plutôt une situation, un décor dans lequel une action prend forme. Le mouvement y est toujours, mais souvent concentré dans une partie du tableau. L’humour reste l’essence, l’imagerie pop un référent, mais elle s’ouvre à davantage de possibilités en diversifiant ses sujets et en dirigeant son focus sur les espaces aux alentours. Ainsi, avec cette volonté de créer des situations ludiques, l’idée que le visiteur est plutôt un spectateur prend tout son sens.
Un manifeste. Pour exprimer ses idéologies, sa pensée. Pour bifurquer doucement du discours sur l’art et de l’autoréférentialité. Pour ne pas donner de réponse, surtout. Mais des propositions, des idées qui porteront plus loin. Peut-être. Et sans responsabilité, seulement des idées qui en généreront d’autres. Affirmer ce qu’elle pense, mais pas nécessairement ce qu’elle fait. D’une voix personnelle. Être libre et nostalgique. Incarner l’idée-même du peintre.

















