Texte de Katrie Chagnon
Contraste, hybridité, métissage: l’univers pictural construit par Annie Hémond-Hotte se jauge à la lumière d’une véritable logique des opposées. La récente production de la jeune artiste révèle et intensifie ce vocabulaire plastique en assimilant de manière plus personnelle le langage formel emprunté aux dessins d’enfants, d’où émergent ses premières expérimentations. Ainsi, les tableaux de la série « Les arcs » laissent sciemment cohabiter un dessin maladroit, fébrile, et des plages colorées appliquées avec contrôle, jouant de tensions sémantiques et visuelles qui fondent une approche contemporaine de la peinture abstraite.
C’est par le biais de la métaphore architecturale de la cathédrale que Hémond-Hotte explore dans cette série l’idée même d’abstraction. La cathédrale n’est-elle pas avant tout la matérialisation d’un concept immatériel? Retenant de ce paradigme de l’architecture et de l’histoire de l’art sa forme la plus abstraite et chargée symboliquement – l’arc – la peintre questionne le potentiel visuel du motif : l’arc comme ouverture, essentiellement, mais aussi la dynamique ascendante de l’ogive qui pointe vers le haut. La recherche autour de cette figure courbe se trame dans les oeuvres par la superposition et le chevauchement de ces arcs qui, dans leur répétition, façonnent un passage à franchir du regard. Or, à l’image des contrastes qui animent le travail d’Annie Hémond-Hotte, les formes suggèrent autant une poussée verticale qu’un enracinement par lequel l’oeil creuse plutôt la profondeur du tableau. Les diverses références auxquelles renvoie la forme arquée font d’ailleurs l’objet de fascination chez plusieurs artistes contemporains, notamment chez l’artiste britannique Andy Goldsworthy qui explore le thème de l’arche dans sa pratique du land art.
Enfin, le thème investigué par l’artiste montréalaise donne lieu à une réflexion sur la temporalité, les tableaux révélant les couches successives de peinture et de vernis et la prolifération de motif, tels les fragments d’une mosaïque, s’accumulent dans une gestualité constructive marquée par le passage du temps. La production présentée à l’occasion de cette exposition délaisse les formes plus brutes et le dessin expressif pour conférer aux oeuvres une dimension méditative à travers une présence chromatique à la fois grave et fascinante.
Diplômée de l’Université Concordia en 2004, la jeune artiste a déjà su se forger un langage plastique personnel que l’on reconnaît d’une exposition à l’autre. Pour son troisième passage à la galerie Art Mûr, elle propose un regard actuel sur un symbole religieux dont elle fait ressortir la valence abstraite.

























