4 Colour Separation

3 mars – 21 avril 2012
Vernissage : le samedi 3 mars de 15h à 17h
Texte de Anne-Marie St-Jean Aubre

Four Colour Separation est la première exposition individuelle de David Spriggs à Montréal depuis la présentation en 2010 de Stratachrome par la Galerie de l’UQAM, une œuvre qui amorçait un tournant dans sa démarche. Alors que les projets des dernières années proposaient une imagerie quasi scientifique, rappelant des phénomènes météorologiques perçus à une échelle autant micro que macro, Stratachrome s’éloignait du laboratoire pour aborder plutôt l’univers des médias et du « green screen » à travers une étude de la couleur verte. Dans cette installation immersive d’une dimension encore inégalée dans sa pratique, Spriggs explorait les connotations symboliques du vert en employant une imagerie parfois violente, parfois pornographique, baignant dans une brume atmosphérique. Continuant dans cette voie, l’œuvre inédite présentée par la galerie Art Mûr est inspirée de la quadrichromie, un procédé d’impression mieux connu sous le nom de CMYK, son appellation anglophone. Avec ses quatre vitrines isolant chacune une des couleurs primaires servant à l’impression de la majorité des documents que nous consultons sur papier – soit le cyan, le magenta, le jaune et le noir –, l’œuvre traite des médias par la bande en référant de nouveau à une de ses techniques de production.

Le procédé utilisé par Spriggs consiste à appliquer de la peinture à l’aérographe sur de minces surfaces d’acétate superposées ensuite les unes devant les autres à l’intérieur d’un boîtier où sont tendues les feuilles insérées à intervalles réguliers. En plus de créer une illusion de profondeur, cette stratégie fait directement écho au procédé d’impression lui-même, basé également sur la superposition de couches colorées. Four Colour Separation sert en quelque sorte de retour aux sources pour Spriggs, qui précise avoir réfléchi au procédé d’impression lors des expérimentations qui l’ont mené à l’invention de cette technique.

Par cette œuvre, l’artiste tente de spatialiser la couleur, d’en faire une matière concrète qui garde pourtant son apparence évanescente, fluide, voire flottante. Bien que chacune des couleurs soit « contenue » à l’intérieur de son propre espace, elle s’écoule et s’étend au sol et au mur grâce notamment à l’effet de la lumière colorée qui éclaire les sculptures – un procédé qu’il a adopté lors de l’exposition à la Galerie de l’UQAM. Installé selon un schéma en croix, le dispositif permet au spectateur à la fois de s’imprégner d’une couleur seule lorsqu’il se place face à un des réceptacles, et d’expérimenter la mise en rapport des couleurs entres-elles lorsqu’il observe les vitrines les unes à travers les autres. Aucune imagerie ne soutient ici le propos de Spriggs, qui s’intéresse uniquement aux couleurs, isolées dans leur spécificité mais chacune porteuse d’une infinité de nuances possibles. Conçue à la fois comme une installation et comme un agencement de sculptures autonomes, Four Colour Separation réunit les recherches formelles et conceptuelles de l’artiste dans une œuvre qui s’apparente tout autant aux séries plus abstraites qu’il regroupe sous la catégorie « phenomena » qu’à Stratachrome, misant sur la couleur.